Grève des enseignants : Simon Ndong Edzo, la relique vivante des revendications sociales au Gabon
Dans l’histoire sociale et politique du Gabon, certains noms traversent les décennies sans jamais s’effacer. Simon Ndong Edzo est de ceux-là. Pour les plus jeunes, il est parfois perçu comme une figure du passé, presque surgie d’un autre temps. Pour d’autres, il demeure la mémoire vivante des luttes sociales, un repère, voire une relique au sens noble du terme : celle qui rappelle d’où viennent les combats et pourquoi ils persistent.
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Cadre de l’administration et intellectuel rigoureux, Simon Ndong Edzo n’a jamais été un révolutionnaire de tribune facile. Sa marque de fabrique a toujours été la constance, la parole mesurée mais ferme, et une capacité rare à inscrire les revendications sociales dans un cadre institutionnel. À une époque où la contestation se heurtait à un pouvoir central fort, parfois sourd aux cris de la rue, il s’est imposé comme l’un des rares acteurs capables de faire le pont entre l’État et les travailleurs, entre la rue et les bureaux feutrés de l’administration. S’il est aujourd’hui qualifié de « relique » des revendications sociales, ce n’est pas par nostalgie gratuite, mais parce que son parcours renvoie à une époque où le dialogue social, bien que conflictuel, reposait encore sur des figures d’autorité morale, respectées des syndicats comme du pouvoir.
Une méthode à l’ancienne dans un syndicalisme fragmenté
Dans un paysage syndical aujourd’hui fragmenté, parfois dominé par l’improvisation, la radicalité sans stratégie ou les calculs politiques, Simon Ndong Edzo incarne une autre méthode : celle de la revendication structurée, argumentée, ancrée dans le droit du travail, la justice sociale et l’intérêt général. Pour les régimes qui se sont succédé, il a souvent représenté une présence inconfortable : trop indépendant pour être instrumentalisé, trop respecté pour être marginalisé, trop constant pour être discrédité.

Ses prises de position, parfois rares mais toujours attendues, rappellent que les problèmes sociaux du Gabon — précarité des agents publics, crise de l’éducation, conditions de travail, inégalités salariales — ne sont pas nés hier. Ils sont le fruit d’accumulations, de renoncements politiques et d’un dialogue social souvent sacrifié sur l’autel de la stabilité apparente.
Une parole discrète, mais toujours décisive
Avec le temps, Simon Ndong Edzo est devenu une figure presque solitaire. Dans un espace public dominé par les réseaux sociaux, les slogans expéditifs et les colères instantanées, sa parole lente et réfléchie semble parfois décalée. Et pourtant, à chaque crise sociale majeure — grèves des enseignants, tensions dans la fonction publique, mouvements syndicaux — son nom revient et demeure gravé dans la mémoire collective. Comme un rappel : il a existé une autre façon de revendiquer, moins spectaculaire, mais souvent plus efficace.

Qualifier Simon Ndong Edzo de relique n’est pas le reléguer au musée de l’histoire politique. C’est reconnaître qu’il est un témoin vivant, porteur d’une mémoire que le Gabon semble parfois pressé d’oublier. Dans un pays où les revendications sociales se répètent, souvent sans débouché durable, son parcours pose une question essentielle : le problème vient-il du manque de revendications, ou du manque de méthode, de vision et de continuité ?
De la mémoire syndicale à l’actualité brûlante
Pour les jeunes leaders syndicaux et sociaux, Simon Ndong Edzo représente moins un modèle à copier qu’une leçon à méditer : celle de la patience stratégique, de la cohérence idéologique et du courage de durer. Car au Gabon, les visages changent, les slogans se renouvellent, mais les revendications demeurent.
Délégué général de la CONASYSED (Convention nationale des syndicats du secteur de l’éducation), il est également conseiller du bureau national du SAEG (Syndicat autonome des enseignants du Gabon). Souvent surnommé le « Che Guevara » du syndicalisme gabonais en raison de sa détermination et de son militantisme, il porte depuis de nombreuses années les revendications des enseignants, notamment sur le paiement des rappels de solde, l’organisation des concours professionnels et l’amélioration des conditions de travail dans le secteur public.
Une détention qui ravive le front social
Aujourd’hui, Simon Ndong Edzo se retrouve au centre de l’actualité sociale gabonaise. Il a été interpellé à son domicile le 20 janvier 2026 par la Direction générale des recherches (DGR). Le lendemain, il a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, dite « Sans-Famille », aux côtés d’un autre leader syndical, Marcel Libama. Cette incarcération survient dans un climat de grève menée par le mouvement SOS Éducation .
Sa détention a provoqué de vives réactions au sein du front social, la CONASYSED et d’autres organisations exigeant sa libération immédiate comme préalable à toute négociation avec le gouvernement. Dans un pays où les crises sociales se répètent, une certitude demeure : tant que les tensions persisteront, la voix — et l’ombre — de Simon Ndong Edzo continueront de peser sur la conscience collective, comme un rappel permanent de ce que pourrait être un dialogue social réellement structuré et respecté.
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