Gabon : Le pari risqué de la relance pétrolière entre pétrodollars et urgence écologique
C’est un dilemme cornélien qui agite le sommet de l’État à Libreville. Pour sortir d’une croissance atone et renflouer les caisses, le Gabon a décidé d’ouvrir grand les vannes de l’or noir, retrouvant un niveau de production de 200 000 barils par jour. Mais cette stratégie du « tout-pétrole » se heurte violemment aux impératifs de conservation, comme le souligne l’enquête explosive « Fueling Ecocide » publiée ce 14 janvier 2026.
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La campagne « Ouvert aux affaires » lancée par l’exécutif semble porter ses fruits, du moins sur le plan comptable. Après des années de déclin lié à la maturité des champs historiques, la courbe de la production s’est inversée pour se stabiliser autour de 200 000 barils par jour. Pour Libreville, cette relance répond à une urgence vitale : compenser une croissance qui plafonnait à 2,3 % en 2023 et générer les liquidités nécessaires aux infrastructures et aux programmes sociaux.
Cette reconquête de souveraineté économique s’est matérialisée par une reprise en main musclée du secteur. En 2024, la Gabon Oil Company (GOC) a racheté Assala Energy, faisant grimper la part de l’État à près de 25 % de la production nationale. Fort de cette assise, le gouvernement a multiplié les appels d’offres, aboutissant à la signature de nouveaux accords d’exploitation, notamment en offshore, fin 2025.
L’ombre de « Fueling Ecocide »
Cependant, ce pragmatisme économique inquiète au plus haut point les défenseurs de l’environnement. Le Gabon, qui se targue de protéger 30 % de son territoire et d’être un champion du climat, est aujourd’hui pointé du doigt.
L’enquête internationale « Fueling Ecocide », révélée par Mediapart et ses partenaires le 14 janvier dernier, place le Gabon au cœur d’un scandale écologique mondial. Selon le rapport, plus de 7 000 aires protégées à travers le monde sont menacées par les hydrocarbures, et le Gabon y fait figure de cas d’école. Le document met en lumière le paradoxe du complexe de Gamba, une zone riche en biodiversité abritant les parcs de Loango et Moukalaba-Doudou, désormais prise en étau par l’industrie extractive.
La biodiversité en sursis
Si les pétroliers mettent en avant leurs programmes de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pour financer la conservation locale, l’enquête juge ces efforts insuffisants face aux « risques systémiques ». Pollution chronique, assèchement des écosystèmes côtiers et perturbations des corridors fauniques sont autant de menaces citées.
Les levés sismiques et les forages en offshore profond font peser un risque direct sur des espèces emblématiques telles que les lamantins, les éléphants côtiers et les grands singes. Pour les ONG, l’intégrité du Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, est menacée par ce court-termisme économique.
Face aux critiques, Libreville invoque sa souveraineté et la nécessité de financer son développement. Mais la question soulevée par l’enquête reste posée avec acuité : en signant ces nouveaux contrats fin 2025, le Gabon a-t-il rendu la conservation de son patrimoine naturel négociable face aux pétrodollars ?
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