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Football gabonais : Un championnat à l’arrêt, des autorités immobiles, des Panthères à bout de souffle

Football gabonais : Un championnat à l’arrêt, des autorités immobiles, des Panthères à bout de souffle
Football gabonais : Un championnat à l’arrêt, des autorités immobiles, des Panthères à bout de souffle © 2026 D.R./Info241

L’élimination des Panthères du Gabon à la Coupe d’Afrique des nations disputée au Maroc n’a rien d’une surprise. Elle n’est ni le fruit du hasard, ni une simple défaillance ponctuelle. Elle est, au contraire, le reflet fidèle d’un système footballistique en panne, miné par des années d’atermoiements, d’improvisation et de renoncements structurels. Avec, au cœur du problème, une réalité implacable : l’absence de véritable championnat national.

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Derrière la déception sportive se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : le football gabonais vit à crédit, sans fondations solides, sans vision claire et sans projection vers l’avenir. Il est illusoire de vouloir bâtir une équipe nationale compétitive sans un championnat domestique fonctionnel. Or, au Gabon, le National Foot 1 s’apparente davantage à un championnat fantôme qu’à une véritable compétition structurée. Saisons interrompues, calendriers incohérents, clubs financièrement asphyxiés, infrastructures délabrées : tout concourt à priver les joueurs locaux de rythme, de constance et de progression.

Un championnat fantôme qui plombe la sélection

À cette carence s’ajoute l’absence quasi totale de compétitions de coupe régulières, pourtant essentielles pour multiplier les opportunités de jeu et révéler de nouveaux profils. Là où d’autres pays africains utilisent leurs coupes nationales comme des tremplins pour la jeunesse, le Gabon s’en prive, condamnant toute une génération à l’invisibilité. Conséquence directe : la sélection nationale est contrainte de s’appuyer presque exclusivement sur des joueurs évoluant à l’étranger, sans véritable passerelle avec le football local. Une dépendance dangereuse qui affaiblit l’identité collective et empêche la construction d’un groupe homogène et compétitif.

« L’échec est dû au manque de championnat national, l’entraîneur n’avait pas de marge, c’est la raison pour laquelle il a utilisé les mêmes joueurs qui jouent ensemble depuis 2010. À cette allure, nous étions l’équipe nationale la plus vieille. Et si des hommes comme Écuélé Manga sont toujours sur le terrain, c’est parce qu’il n’y a pas eu de relève comme il se doit », analyse le coach de l’Association omnisports Stade Mandji, Étienne Alain Djissikadié.

Autre facteur déterminant de cette élimination : le vieillissement avancé de l’ossature de l’équipe nationale. Depuis plus d’une décennie, les Panthères reposent sur les mêmes figures emblématiques, dont l’apport historique est indéniable, mais dont les limites physiques et tactiques deviennent de plus en plus évidentes face à une Afrique du football en pleine mutation. « Il faut repartir vers les centres de formation et les clubs pour revoir le football gabonais, afin qu’on ait une très bonne relève », poursuit l’ancien n°10 et milieu offensif des Panthères, Étienne Alain Djissikadié.

Une équipe vieillissante sans vraie relève

Dans de nombreuses rencontres, le manque d’intensité, de vitesse et de fraîcheur a sauté aux yeux. Les cadres historiques, toujours incontournables, occupent l’espace au détriment de jeunes talents qui peinent à s’imposer durablement. La transition générationnelle, pourtant inévitable, a été repoussée, retardée, voire ignorée. Cette gestion conservatrice a fini par enfermer la sélection dans une forme de stagnation. Les Panthères ont joué avec la mémoire de leurs exploits passés, pendant que leurs adversaires ont misé sur l’audace, la jeunesse et l’innovation.

Le Gabon ne manque pourtant pas de talents. Les sélections de jeunes, les centres de formation et les quartiers populaires regorgent de joueurs prometteurs. Mais sans compétitions régulières, sans encadrement adéquat et sans politique claire d’intégration, cette richesse humaine se perd. Faute de perspectives locales, de nombreux jeunes joueurs s’exilent précocement vers des championnats étrangers souvent peu structurés, où ils disparaissent des radars.

D’autres abandonnent tout simplement le football de haut niveau, découragés par l’absence de débouchés. La can au Maroc a ainsi mis en lumière un cruel paradoxe : un pays riche en potentiel, mais pauvre en organisation. « Ça nous cause vraiment de la peine parce que nous voulons que les enfants jouent. Nous sommes en difficulté par rapport aux autres nations qui ont leur championnat qui se joue régulièrement. Avec la can qui se déroule, on voit facilement la différence avec les autres. Tant qu’il n’y aura pas de championnat, il sera difficile pour nous de progresser », déplore encore Djissikadié.

Un potentiel gâché pendant que les voisins réforment

Pendant que le Gabon piétine, d’autres nations africaines ont engagé de profondes réformes. Elles ont stabilisé leurs championnats, investi dans les compétitions de jeunes, structuré les coupes nationales et assumé des renouvellements générationnels parfois douloureux, mais nécessaires. Résultat : des équipes plus jeunes, plus dynamiques, tactiquement mieux préparées et mentalement conquérantes. Face à ces sélections en pleine ascension, les Panthères ont semblé en décalage, parfois dépassées, souvent à court de solutions.

Cette élimination doit être perçue comme un avertissement sévère, voire comme un signal d’alarme. Sans réforme en profondeur du football national — relance durable du championnat, retour effectif des compétitions de coupe, politique claire de rajeunissement de la sélection, accompagnement structuré de la jeunesse —, le Gabon continuera de subir les mêmes échecs, cycle après cycle. Plus qu’une simple sortie prématurée, cet échec révèle une urgence : reconstruire, non pas autour des nostalgies du passé, mais sur des bases modernes, solides et tournées vers l’avenir. Faute de quoi, les Panthères du Gabon risquent de voir leur rugissement s’éteindre progressivement sur la scène continentale.

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