PIAEPAL : Le mirage à 77 milliards engloutis sous Ali Bongo qui laisse la capitale gabonaise à sec
Devant le Parlement réuni en Congrès, ce lundi, Brice Clotaire Oligui Nguema a mis des mots officiels sur ce que de nombreux habitants du Grand Libreville vivaient déjà au quotidien : le Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville, plus connu sous le sigle PIAEPAL et hérité de l’ère Ali Bongo, n’a pas tenu ses promesses. En reconnaissant l’échec de ce vaste chantier censé soulager durablement la capitale gabonaise et ses environs, le chef de l’État a brisé un tabou institutionnel longtemps entretenu autour d’un projet présenté comme structurant, mais devenu symbole d’un immense décalage entre annonces publiques, milliards mobilisés et robinets toujours à sec.
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L’aveu présidentiel est d’autant plus lourd que le PIAEPAL n’était pas un simple programme technique. Il devait incarner la réponse de l’État à l’une des plus anciennes urgences sociales du Grand Libreville : l’accès régulier à l’eau potable. Financé à hauteur de 77 milliards de francs CFA, grâce à un prêt contracté auprès de la Banque africaine de développement, le projet promettait une amélioration massive du service dans les communes de Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum. Mais plusieurs années après son lancement, les populations continuent de chercher l’eau comme si rien, ou presque, n’avait changé.
Un projet lancé avec de grandes promesses
Pour mesurer l’ampleur de la désillusion, il faut revenir au 25 novembre 2019, date du lancement officiel des travaux par le Premier ministre de l’époque, Julien Nkoghe Bekale. Le gouvernement promettait alors un tournant historique dans l’accès à l’eau potable, avec l’ambition affichée de garantir un accès universel à l’horizon 2025. Le Grand Libreville était au cœur du dispositif, avec près de 920 000 habitants ciblés et 300 000 personnes supplémentaires appelées à être directement raccordées au réseau.
Un chantier du programme
Sur le papier, le programme avait de quoi convaincre. Il prévoyait la construction et la réhabilitation de près de 300 kilomètres de canalisations, dont 149 kilomètres de renouvellement dans les anciens quartiers et 131 kilomètres d’extension vers les nouvelles zones de peuplement. Trois nouveaux châteaux d’eau devaient également être construits, en plus de la réparation des fuites dans les bâtiments publics. L’objectif était clair : rompre avec les pénuries chroniques et donner au Grand Libreville un réseau digne de sa croissance urbaine.
Le terrain, lui, raconte une autre histoire
Mais dans les quartiers, la réalité a rapidement pris le dessus sur la communication officielle. Des zones entières du Grand Libreville continuent de vivre au rythme des coupures intempestives, des nuits passées à attendre un filet d’eau, des bidons alignés et des déplacements forcés vers des points d’approvisionnement improvisés. Pour des milliers de familles, l’accès à l’eau reste une épreuve quotidienne, malgré les milliards annoncés et les chantiers présentés comme avancés.
Des avancées invisibles
Ce contraste nourrit aujourd’hui une colère légitime. Le PIAEPAL devait réduire la corvée d’eau ; il a surtout alimenté le sentiment d’abandon. Dans plusieurs quartiers, les populations se demandent comment un programme aussi coûteux a pu consommer une enveloppe aussi importante sans produire l’effet attendu sur leur vie quotidienne. Le mirage n’est donc pas seulement financier. Il est aussi social, car il a entretenu l’espoir d’une solution durable avant de laisser les ménages face aux mêmes difficultés.
La station du PK5, symbole d’un chantier qui interroge
Le cas de la station de pompage du PK5 cristallise une partie des interrogations. Confiée à la société China First Highway Engineering Co. Ltd, cette infrastructure devait permettre de relever le niveau de charge dans la conduite en provenance de Ntoum 5 et 6, afin d’alimenter le réservoir de 10 000 mètres cubes de la Cité-de-la-Caisse. Sa mise en marche aurait été officiellement actée depuis juin 2025, mais l’installation demeure, selon les constats relayés, loin de produire les effets attendus.
La station inaugurée par... Oligui Nguema
L’entreprise adjudicataire, elle, se défend et soutient avoir livré le chantier conformément aux exigences techniques. Cette position ouvre une question centrale : le problème vient-il de la conception du projet, de son exécution, de son raccordement au réseau, de la coordination entre opérateurs ou de la gouvernance générale du programme ? Tant que ces questions resteront sans réponse publique et documentée, la station du PK5 restera l’un des symboles les plus embarrassants de ce dossier.
Le paradoxe d’un nouvel endettement
Le plus préoccupant, dans cette affaire, est que l’échec du PIAEPAL oblige aujourd’hui l’État à chercher de nouvelles solutions, donc de nouveaux financements. Dans son discours, Brice Clotaire Oligui Nguema a indiqué que le pays s’est de nouveau endetté, notamment auprès de Suez, pour améliorer la desserte en eau. Autrement dit, les Gabonais risquent de payer deux fois : une première fois pour un programme qui n’a pas produit les résultats escomptés, puis une seconde fois pour corriger ce que ce programme devait déjà résoudre.
Cette mécanique est dangereuse pour les finances publiques et pour la confiance citoyenne. Elle installe l’idée que les grands projets peuvent échouer sans conséquences, puis être remplacés par d’autres emprunts. Or l’eau n’est pas un luxe. C’est un service vital. Et lorsqu’un projet censé garantir ce droit fondamental échoue, la responsabilité politique et administrative doit être clairement située.
Le test de la gouvernance Oligui
Pour Oligui Nguema, le dossier PIAEPAL devient donc un test de cohérence. Le président affirme ne pas vouloir être un « président des maquettes », mais un « président bâtisseur, pragmatique ». Ce dossier lui offre l’occasion de démontrer que cette formule ne relève pas seulement du discours. Être pragmatique, ici, signifie auditer, sanctionner si nécessaire, corriger vite et livrer enfin de l’eau aux populations.
L’enjeu dépasse le seul Grand Libreville. Il touche à la crédibilité de la refondation. Si les mêmes pratiques de flou, d’opacité et d’impunité se poursuivent, les grands discours sur la responsabilité risquent de se heurter à la réalité des robinets secs. En revanche, si l’échec du PIAEPAL débouche sur une vraie reddition des comptes, il pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle méthode dans la gestion des grands projets publics.
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