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Discours

État de la Nation : Oligui Nguema dresse l’inventaire d’un Gabon en chantier et promet une « dette utile »

État de la Nation : Oligui Nguema dresse l’inventaire d’un Gabon en chantier et promet une « dette utile »
État de la Nation : Oligui Nguema dresse l’inventaire d’un Gabon en chantier et promet une « dette utile » © 2026 D.R./Info241

Devant les parlementaires réunis en Congrès au palais Léon-Mba, Brice Clotaire Oligui Nguema a livré ce lundi 15 juin un discours dense, à la fois bilan, plaidoyer et feuille de route. Pour ce premier exercice du genre sous la Ve République, le président de la République, également chef du gouvernement, a voulu installer une nouvelle pratique de reddition des comptes au sommet de l’État. Il a assumé un diagnostic sévère de l’héritage reçu, revendiqué les chantiers engagés depuis la Transition et promis une action publique recentrée sur le travail, la souveraineté économique, la discipline budgétaire et la transformation concrète du pays.

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Dès l’entame, le chef de l’État a inscrit son intervention dans le cadre de l’article 59, alinéa 4, de la Constitution, saluant un exercice annuel qui oblige désormais le président à venir dire devant la représentation nationale « dans quel état se trouve la Nation gabonaise et vers où allons-nous pour le bien de tous ». Pour Oligui Nguema, cette obligation est « juste et opportune ». Il dit s’y soumettre « sans réserve, avec humilité et responsabilité », tout en rappelant que ce discours intervient au terme de sa première année de mandat.

Un héritage décrit comme un champ de ruines

Le président a d’abord dressé un tableau sombre de la situation trouvée avant le 30 août 2023, qu’il continue de qualifier de « Coup de la Libération ». Selon lui, le Gabon était marqué par des institutions sans réel contre-pouvoir, une dette abyssale, une économie désorganisée, une confiance rompue avec les bailleurs, une gestion défaillante de l’eau et de l’énergie, un chômage élevé, des bourses scolaires suspendues, une justice perturbée par les grèves, une corruption endémique et une administration incapable de répondre efficacement aux besoins des usagers.

Tableau récapitulatif du discours sur l’état de la Nation d’Oligui Nguema

Axe du discours

Diagnostic posé par Oligui Nguema

Annonces / chiffres avancés

Lecture politique

Exercice institutionnel

Premier discours sur l’état de la Nation sous la Ve République, devant le Parlement réuni en Congrès.

Exercice annuel prévu par l’article 59, alinéa 4, de la Constitution.

Installer un rituel de reddition des comptes au sommet de l’État.

Héritage reçu

Institutions sans contre-pouvoir réel, dette élevée, économie désorganisée, services publics inefficaces, corruption, pauvreté, chômage.

Dette héritée estimée à 70 % du PIB.

Justifier la refondation et la rupture politique engagée depuis le 30 août 2023.

Refondation

Le pays devait être remis au travail après le « Coup de la Libération ».

Dialogue national, nouvelle Constitution, Code électoral rénové, loi sur les partis politiques.

Présenter la Transition comme le socle de la Ve République.

Parlement

Le Parlement doit jouer pleinement son rôle de contrôle et d’enrichissement des textes.

Possibilité d’interpeller les ministres et de recommander leur départ en cas de manquements.

Valoriser le Parlement tout en l’appelant à éviter l’obstruction.

Partis politiques

Le texte publié ne respecterait pas totalement les conclusions du Dialogue national.

Retour souhaité à l’exigence de 1 000 adhérents avec NIP pour créer un parti.

Appel direct aux parlementaires pour corriger le dispositif.

Réseaux sociaux

Vide juridique, cybercriminalité, diffamation, appels à la violence, atteintes à la sûreté de l’État.

Législation annoncée sur l’espace numérique.

Défendre la régulation des réseaux sociaux comme impératif de sécurité publique.

Eau et électricité

Mauvaise gestion historique, absence de politique énergétique cohérente, échec du PIEPAL, dysfonctionnements de la SEEG.

Plus de 800 milliards de FCFA investis dans des centrales thermiques ; bateau énergétique de 150 MW.

Répondre à l’une des plus fortes attentes sociales du pays.

SEEG

Fraude, non-paiement, sabotage, branchements directs, vol de câbles, mauvaise gouvernance.

Projet de séparation entre eau et électricité, puis entre production, distribution et commercialisation.

Préparer une réforme structurelle de l’opérateur national.

Infrastructures

Besoin de rattrapage national en routes, bâtiments publics, logements, hôpitaux.

Cité Émeraude, palais des congrès Omar Bongo Ondimba, logements sociaux, routes Ovan-Makokou, Bifoun-Ndjolé, Bifoun-Lambaréné, etc.

Soutenir l’image d’un président « bâtisseur ».

Économies publiques

Coût élevé des baux administratifs.

Cité Émeraude censée faire économiser près de 30 milliards de FCFA à l’État.

Réduire les charges de fonctionnement pour financer d’autres priorités.

Décentralisation

Développement local encore insuffisant.

Allocation progressive de 5 à 10 % des recettes aux collectivités locales.

Donner plus de moyens aux communes et départements, avec exigence de reddition des comptes.

Dette

Dette jugée abyssale et mal utilisée par le passé.

Discussion avec le FMI ; dette présentée comme élevée mais soutenable.

Assumer l’endettement, mais sous le concept de « dette utile ».

Souveraineté économique

Le Gabon ne doit plus exporter ses richesses sans transformation locale.

Valorisation du pétrole, gaz, manganèse, fer, bois, terres rares, potasse, marbre, phosphate, etc.

Faire de la transformation locale le cœur du nouveau modèle économique.

Pétrole

Nécessité de reprendre la main sur les actifs stratégiques.

Rachat d’Assala, Tullow Oil et SMP ; nouveaux puits Ngongui et Maboga.

Revendiquer le statut de premier producteur national devant les anciens leaders historiques.

Mines

Le secteur minier est présenté comme levier stratégique.

Gisement de Belinga estimé à 7,5 milliards de tonnes avec une teneur de 65 %.

Faire du fer, du manganèse et d’autres minerais des moteurs de croissance.

Fonction publique

Gel des recrutements, avancements et reclassements pendant près de huit ans.

Plus de 60 000 situations administratives régularisées.

Réparer les blocages hérités et restaurer la justice administrative.

Rappels des agents publics

Arriérés attendus depuis plusieurs années.

Troisième phase de 35 milliards de FCFA ; total cumulé de 105 milliards de FCFA reversés en deux ans.

Montrer que l’État honore ses engagements envers les fonctionnaires.

Épargnants de Poste SA

Épargnants victimes d’une injustice depuis une dizaine d’années.

Première tranche de 10 milliards de FCFA sur près de 32 milliards de FCFA.

Réparer un contentieux social ancien.

Emploi privé

Chômage élevé des jeunes et inadéquation formation-emploi.

Près de 22 000 emplois créés dans le privé ; effectifs privés à 85 900 salariés, en hausse de 2,4 % en 2024.

Afficher une dynamique de reprise de l’emploi.

Insertion professionnelle

Besoin de passerelles entre formation et emploi.

PNPE : 5 566 insertions, dont 1 697 embauches directes ; 10 000 jeunes formés.

Mettre en avant des résultats concrets sur l’emploi.

Entrepreneuriat jeune

Faible appropriation des mécanismes de financement par les jeunes.

BCEG : 17,1 milliards de FCFA financés sur 25 milliards disponibles ; 120 jeunes porteurs de projets accompagnés.

Appeler les jeunes à utiliser les outils mis en place.

TaxiGab

Encourager l’auto-emploi.

1 066 taxis distribués à Libreville, Port-Gentil, Franceville et Oyem.

Faire de la mobilité un levier d’emploi.

Gab Pêche

Projet confronté à des difficultés de mise en œuvre.

Extension envisagée à Mayumba, Cocobeach, Donguila et Gamba.

Encourager l’appropriation nationale de la pêche artisanale.

Vie chère

La subvention des importations n’est pas une solution durable.

Mise en place d’une Centrale d’achat.

Passer d’une logique de subvention à une logique de production locale.

Transport public

SOGATRA et Trans’Urb à restructurer.

Fusion vers une Compagnie nationale interurbaine ; 100 bus acquis.

Fin annoncée de la gratuité : « Fini le ngori ! ».

Prime de transport

Charges jugées excessives pour l’État.

Retrait envisagé de la prime de 35 000 FCFA aux fonctionnaires ayant un véhicule de fonction ou de service.

Réduire le train de vie public.

Masse salariale parapublique

Certains dirigeants du parapublic gagneraient plus que ministres et parlementaires.

Réduction annoncée de la masse salariale dans ces secteurs.

Élargir l’effort au-delà des institutions visibles.

Chemin de fer

Urgence de réhabiliter et d’interconnecter le réseau ferré.

Emprunt AFD de 173 millions d’euros, soit 115 milliards de FCFA, pour des travaux jusqu’en 2031.

Moderniser l’axe ferroviaire comme outil économique stratégique.

Fly Gabon

Besoin de connectivité nationale et régionale.

Dessertes intérieures et africaines ; près de 400 étudiants en formation aéronautique.

Faire du transport aérien un outil de souveraineté et d’intégration.

Santé

Système sous-équipé, poussant les plus aisés à se soigner à l’étranger.

Nouvelles promotions de médecins et pharmaciens ; hôpitaux construits ou réhabilités ; 14 représentations du Samu social ouvertes en deux ans.

Positionner le Gabon comme futur pôle de soins de qualité.

CNSS

Droits sociaux hérités et progressivement apurés.

Plus de 23 milliards de FCFA concernant 14 146 assurés ; pensions payées à 26 313 retraités pour 1,5 milliard de FCFA.

Redresser les caisses sociales et restaurer la confiance.

CNAMGS

Fonctionnement jugé insatisfaisant.

Audit du fichier GEF ; interrogation sur 660 000 cotisants pour 1,3 million de malades.

Élargir les cotisations et réformer la protection sociale.

CPPF

Arriérés de pension longtemps impayés.

57 milliards de FCFA payés sur 66 milliards dus.

Transformer la caisse en investisseur institutionnel.

Éducation

Système inadapté aux besoins du développement.

Construction/réhabilitation de 2 000 salles de classe, internats, centres techniques, réfectoires ; Assises de l’école annoncées avant fin 2026.

Réorienter l’école vers les compétences et l’employabilité.

Jeunesse

60 % des jeunes actifs dans l’informel avant la Transition.

Relance du Conseil national de la jeunesse et du Parlement gabonais des jeunes.

Replacer la jeunesse au centre du projet national.

Culture

Art et culture longtemps relégués au second plan.

Promotion des tenues africaines le vendredi, relance de la Fête des cultures, soutien au cinéma et à la musique.

Valoriser l’identité nationale et le patrimoine.

Sécurité

Recrudescence du grand banditisme, piraterie maritime, exploitation illégale des ressources.

Commande d’hélicoptères MI-35 et de frégates ; loi de programmation militaire 2026-2030.

Faire de la défense un pilier de stabilité et de souveraineté.

Diplomatie

Missions diplomatiques autrefois en situation dégradée.

Hausse des émoluments des ambassadeurs et attachés de défense ; Gabon élu au Conseil de paix et de sécurité de l’UA.

Restaurer le rayonnement international du Gabon.

Sommet de l’UA

Volonté de repositionner le Gabon comme pays hôte de grands rendez-vous africains.

Candidature confirmée pour abriter le Sommet de l’Union africaine en 2027.

Afficher le retour du Gabon sur la scène continentale.

Différend avec la Guinée équatoriale

Contentieux frontalier ancien remontant à 1972.

Nouvelle commission nationale ; médiation de l’Union africaine ; recherche d’une issue « gagnant-gagnant ».

Montrer une diplomatie de respect du droit international.

Justice et valeurs

Réformer les institutions ne suffit pas, il faut changer les mentalités.

La justice présentée comme « la colonne centrale » de la maison commune.

Faire de l’État de droit un pilier du nouveau récit républicain.

Libertés publiques

Accusations de restriction des libertés.

Le président affirme que le Gabon est une démocratie en construction, fondée sur le pluralisme et la liberté d’expression.

Défendre le pouvoir face aux critiques sur les réseaux sociaux et les libertés.

Conclusion politique

Appel contre le doute, la peur, la division et la désinformation.

« L’heure est à l’espérance, à la responsabilité et à l’action collective. »

Clore sur un récit d’unité nationale, de paix, de développement et de souveraineté.

À cette liste déjà lourde, le chef de l’État ajoute une crise plus profonde encore : celle des repères nationaux. Il estime que l’identité gabonaise, le « Gabon d’abord », l’unité nationale, la fierté patriotique et les valeurs de l’hymne national avaient été abandonnés. C’est sur ce diagnostic qu’il justifie la nécessité de la refondation. « Refonder ne signifie pas effacer notre histoire dans tout ce qu’elle a d’admirable et de douloureux », a-t-il lancé, présentant son action comme une entreprise de reconstruction méthodique de l’État.

« Pas un président des maquettes »

Le passage le plus politique du discours est sans doute celui où Oligui Nguema oppose sa méthode à ce qu’il présente comme les anciennes pratiques d’annonce sans réalisation. Répondant à l’impatience des Gabonais, il a promis que son mandat ne serait pas celui « des fausses promesses et des maquettes », mais celui « de la responsabilité, des actions et du bâti ». La formule a valeur de slogan : « Je ne suis pas un président des maquettes et des présentations visuelles, des New York Forum, je suis un président bâtisseur, pragmatique ! »

Le chef de l’État entend ainsi installer une image de dirigeant de terrain, davantage préoccupé par les chantiers visibles que par les forums, les projections et les promesses. Pour étayer cette posture, il a cité la restauration institutionnelle engagée depuis la Transition : contributions citoyennes, Dialogue national inclusif, nouvelle Constitution, refonte du Code électoral et loi sur les partis politiques. Mais il a aussi mis en garde les parlementaires contre les écarts entre les conclusions du Dialogue national et certains textes publiés, notamment sur les conditions de création des partis politiques.

Le Parlement rappelé à ses responsabilités

Oligui Nguema a également adressé un message direct aux députés et sénateurs. Selon lui, la nouvelle Constitution renforce les pouvoirs du Parlement, notamment sa capacité à interpeller les ministres, à recommander au chef de l’État la mise à l’écart de certains membres du gouvernement, à amender les projets de loi et à participer à certaines nominations. « À vous de jouer pleinement votre rôle », a-t-il lancé aux parlementaires.

Mais le président a aussi prévenu contre ce qu’il considère comme un risque d’obstruction. Pour lui, la séparation des pouvoirs ne doit pas signifier absence de dialogue entre les institutions. Il a appelé les parlementaires à enrichir les textes plutôt qu’à les rejeter systématiquement. Dans cette Ve République encore jeune, le chef de l’État veut donc un Parlement plus fort, mais aussi un Parlement qu’il souhaite voir collaborer avec l’exécutif au nom de « l’intérêt supérieur » des populations.

Eau, électricité : 800 milliards investis et une SEEG à réformer

Sur les urgences du quotidien, Oligui Nguema a longuement évoqué l’eau et l’électricité, deux sujets explosifs dans l’opinion. Il a annoncé plus de 800 milliards de francs CFA déjà investis, en partenariat avec les banques, pour la mise en œuvre de centrales thermiques sur l’ensemble du territoire. Pour soulager la crise énergétique, il affirme également avoir fait venir un bateau énergétique capable de fournir 150 mégawatts supplémentaires.

Le président a cependant rappelé que les grands ouvrages prennent du temps : trois à quatre ans pour une centrale thermique à gaz, cinq à six ans pour un barrage hydroélectrique, après plusieurs années d’études. Il a aussi pointé l’incivisme de certains usagers, le non-paiement des factures, la fraude, le vol de câbles, le sabotage des transformateurs et les branchements directs. Surtout, il a annoncé la nécessité de réformer la SEEG, avec l’idée de séparer la gestion de l’eau de celle de l’électricité, mais aussi de dissocier production, distribution et commercialisation.

Routes, logements, décentralisation : « le pays est en chantier »

Pour défendre son bilan, Oligui Nguema a multiplié les exemples de chantiers. Il a cité la Cité Émeraude, censée permettre à l’État d’économiser près de 30 milliards de francs CFA, l’annexe du tribunal de première instance de Libreville, le palais des congrès Omar Bongo Ondimba, les logements sociaux lancés le 2 juin, ainsi que plusieurs axes routiers : Cocobeach, Ovan-Makokou, Alembe-Carrefour Leroy-Mikouyi, Bifoun-Ndjolé, Oyem-Assok Medzeng, Nzogone-Mvam ou encore Bifoun-Lambaréné.

« L’œil qui voit ne ment pas », a-t-il martelé, pour répondre à ceux qui contestent l’ampleur des réalisations. Le président promet qu’aucune région, aucune localité ne restera en rade. Il a aussi annoncé que le Document de cadrage macroéconomique et budgétaire, aligné sur le Plan national de croissance et de développement pour la période 2027-2029, servira d’instrument central pour organiser cette transformation. Sur la décentralisation, il a indiqué que l’État entend allouer progressivement 5 à 10 % des recettes aux collectivités locales, tout en exigeant une gestion rigoureuse et transparente.

Économie : souveraineté, minerais et « dette utile »

Sur le plan économique, le président a assumé une ligne de souveraineté. Selon lui, le Gabon ne doit plus se contenter d’exporter ses matières premières, mais les transformer sur son territoire. Il a énuméré plusieurs secteurs porteurs : agriculture, produits halieutiques, bois, niobium, phosphate, marbre, potasse, terres rares, fer, or, diamant, manganèse, uranium, iboga, pétrole et gaz. Il a aussi annoncé une attention particulière au bilan carbone et au potentiel national en hydrogène naturel.

Oligui Nguema a revendiqué le rachat d’Assala, Tullow Oil et SMP, ainsi que la mise en exploitation de nouveaux puits comme Ngongui et Maboga. Il affirme que grâce aux acquisitions GOC-Assala et Tullow Oil, le Gabon devient le premier producteur national devant les anciens leaders historiques. Sur le fer, il a cité le gisement de Belinga, estimé à 7,5 milliards de tonnes avec une teneur de 65 %, présenté comme l’un des plus importants au monde. Mais cette ambition suppose encore de lourds financements. Le président reconnaît une dette représentant 70 % du PIB au 30 août 2023 et assume le recours à l’endettement, à condition qu’il soit maîtrisé : « C’est ce que j’appelle en français facile, la dette utile ».

Fonction publique : 60 000 situations régularisées et 105 milliards reversés

Dans l’administration, le chef de l’État affirme avoir fait de la justice administrative une priorité. Après près de huit années de gel des recrutements, avancements et reclassements, il annonce plus de 60 000 situations administratives régularisées. Il met également en avant la digitalisation des fichiers du personnel, l’archivage électronique des actes de gestion et la réhabilitation de plusieurs bâtiments administratifs.

Le président a surtout annoncé le lancement de la troisième et dernière phase de paiement des rappels calculés des agents publics, pour 35 milliards de francs CFA. Selon lui, l’État aura ainsi mobilisé et reversé 105 milliards de francs CFA aux fonctionnaires du secteur public en deux ans. Il a également annoncé le paiement effectif, dès le lendemain, d’une première tranche de 10 milliards de francs CFA aux épargnants de Poste SA, sur près de 32 milliards de francs CFA dus.

Emploi, jeunesse et entrepreneuriat : des résultats, mais des avertissements

Sur l’emploi, Oligui Nguema a rappelé qu’avant la Transition, le chômage des jeunes atteignait 35 %, dans un contexte de décalage entre les formations et les besoins du marché. Il affirme que près de 22 000 emplois ont été créés dans le secteur privé depuis la Transition, avec une hausse de 2,4 % en 2024 portant les effectifs à 85 900 salariés. Il a également cité PassEmploi241, le Pôle national de promotion de l’emploi, ses 5 566 insertions effectives, dont 1 697 embauches directes, et 10 000 jeunes formés dans des secteurs porteurs.

Le chef de l’État a également défendu les programmes TaxiGab et Gab Pêche. Le premier aurait permis la distribution de 1 066 taxis dans plusieurs villes, dont 200 récemment. Le second rencontre, selon lui, des difficultés de mise en œuvre, mais devrait être étendu à Mayumba, Cocobeach, Donguila et Gamba. Oligui Nguema a toutefois lancé un avertissement à la jeunesse : les mécanismes existent, notamment la BCEG, mais les jeunes doivent s’en saisir avec sérieux. Il a cité 17,1 milliards de francs CFA déjà financés par cette banque pour des projets dédiés aux jeunes, sur 25 milliards mis à disposition.

Transports : fin annoncée de la gratuité et réduction des charges

Le secteur des transports a aussi occupé une place importante dans le discours. Oligui Nguema a annoncé la fusion de SOGATRA et de Trans’Urb pour créer une compagnie nationale interurbaine. 100 bus auraient déjà été acquis et mis à disposition de la nouvelle structure. Mais le président prévient : il faudra mettre fin à la gratuité afin que les recettes couvrent les charges de fonctionnement et le renouvellement du matériel. Dans une formule familière, il a résumé : « Fini le ngori ! »

Pour réduire les charges de l’État, le gouvernement envisage également de retirer la prime de transport de 35 000 francs CFA aux fonctionnaires disposant d’un véhicule de fonction ou de service. Sur le rail, le président a évoqué un emprunt de 173 millions d’euros, soit 115 milliards de francs CFA, auprès de l’AFD pour financer la remise en état de la voie ferrée, avec des travaux prévus sur six ans, jusqu’en 2031. Sur l’aérien, il a mis en avant Fly Gabon, ses dessertes nationales et régionales, ainsi que près de 400 étudiants gabonais en formation dans les métiers de l’aéronautique en partenariat avec l’Académie éthiopienne de l’aviation civile.

Santé, protection sociale et retraites : des caisses à réformer

Dans le secteur social, le président a reconnu l’état préoccupant du système de santé, contraignant les plus aisés à se soigner à l’étranger et laissant les autres face à une médecine sous-équipée. Il affirme vouloir doter le Grand Libreville d’infrastructures sanitaires de haute spécialité et renforcer les capacités du personnel médical. Il cite trois promotions de médecins et pharmaciens sorties en deux ans de l’Université des sciences de la santé, la mise en solde d’agents de santé, la construction ou réhabilitation d’hôpitaux régionaux et départementaux, ainsi que l’ouverture de 14 représentations du Samu social gabonais en deux ans.

Sur la protection sociale, Oligui Nguema a annoncé la réforme de la CNSS, avec des droits trouvés en 2023 pour plus de 23 milliards de francs CFA concernant 14 146 assurés, progressivement apurés. Il a évoqué le paiement de pensions à 26 313 retraités pour 1,5 milliard de francs CFA. La CNAMGS, en revanche, a été sévèrement critiquée. Le président juge son fonctionnement insatisfaisant et appelle à auditer le fichier des Gabonais économiquement faibles, estimant que 660 000 cotisants ne peuvent pas couvrir 1 300 000 malades. Quant à la CPPF, il affirme que 57 milliards de francs CFA d’arriérés de pension ont déjà été payés sur 66 milliards dus.

Éducation : vers les Assises de l’école des compétences

Sur l’éducation, la formation professionnelle et la recherche scientifique, Oligui Nguema a dénoncé un système hérité de 2023, marqué par l’inadéquation entre l’offre pédagogique et les besoins du développement national. Les filières professionnalisantes restent, selon lui, embryonnaires, sous-équipées et marginalisées, représentant seulement 10 à 20 % du système éducatif national.

Pour inverser cette tendance, le gouvernement prévoit la construction et la réhabilitation d’internats, de centres techniques, de réfectoires, de 2 000 salles de classe, ainsi que l’achèvement des lycées agricoles de Lébamba et de Bikélé. Avant la fin de cette année, le président annonce la convocation des « Grandes Assises de l’école des compétences pour un Gabon souverain et des citoyens prospères », dans le cadre du Conseil national de l’éducation et de la recherche.

Diplomatie, sécurité et cohésion nationale

À l’international, Oligui Nguema affirme que le Gabon a retrouvé sa place dans les institutions, citant son élection au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Il confirme également la candidature du Gabon pour abriter le sommet de l’Union africaine en 2027. Sur le différend frontalier avec la Guinée équatoriale, il indique que le Gabon a pris acte de l’arrêt de la Cour internationale de justice et travaille, avec une nouvelle commission nationale et un médiateur désigné par l’Union africaine, à une issue « gagnant-gagnant ».

Sur le plan sécuritaire, le chef de l’État annonce une augmentation des effectifs des forces de défense et de sécurité, l’acquisition de moyens roulants, la construction ou rénovation de postes avancés, commissariats et casernes. Des hélicoptères d’attaque MI-35 et des frégates seraient en commande pour répondre aux menaces asymétriques, notamment la piraterie maritime dans le golfe de Guinée. Une loi de programmation militaire 2026-2030 est également en cours d’examen.

Un discours de cap, mais aussi de discipline

La conclusion du président a pris une tonalité morale et civique. Oligui Nguema a appelé à « formater nos mentalités », à renforcer les valeurs de l’État et à faire de la justice la colonne centrale de la maison commune. Il a dénoncé les discours de haine, les manipulations identitaires, la désinformation et les appels à la désobéissance. À ses yeux, la République reste une démocratie en construction, fondée sur le pluralisme, la liberté d’expression et le respect des lois.

Le chef de l’État a conclu sur un appel à l’espérance et à l’action collective : « L’heure n’est ni au doute, ni à la peur. L’heure est à l’espérance, à la responsabilité et à l’action collective ». En présentant un Gabon à la fois fragilisé, endetté, mais désormais engagé dans une transformation méthodique, Oligui Nguema a voulu convaincre que les bases du redressement sont posées. Reste désormais à transformer cette avalanche d’annonces, de chiffres et de promesses en résultats visibles. Car après ce premier discours sur l’état de la Nation, le président n’a plus seulement fixé un cap : il a donné aux Gabonais une longue liste d’engagements à vérifier.

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