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Suspension des réseaux sociaux au Gabon : La Présidence avoue un bras de fer avec le géant Meta

Suspension des réseaux sociaux au Gabon : La Présidence avoue un bras de fer avec le géant Meta
Suspension des réseaux sociaux au Gabon : La Présidence avoue un bras de fer avec le géant Meta © 2026 D.R./Info241

Le masque est tombé. Ce qui était présenté initialement comme une décision administrative et indépendante de la Haute autorité de la communication (HAC) s’avère être une stratégie politique orchestrée depuis le sommet de l’État. Ce mercredi soir, sur le plateau du Journal Afrique de TV5Monde, la porte-parole adjointe de la présidence, Jennyfer Melody Sambat, est venue assurer le « service après-vente » de la suspension des réseaux sociaux. L’objectif est clair : tordre le bras au géant américain Meta (Facebook, WhatsApp, Instagram) pour forcer une régulation des contenus jugés hostiles à la « cohésion sociale » made in Oligui Nguema.

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L’indépendance de la HAC n’est visiblement finalement qu’une façade. Alors que l’autorité de régulation invoquait ce mardi des motifs généraux de protection de l’ordre public, la présidence de la République gabonaise, par la voix de sa porte-parole adjointe, a dévoilé la véritable nature de cette coupure : il s’agit d’une mesure de rétorsion ciblée contre l’empire de Mark Zuckerberg.

Un chantage assumé pour "forcer la négociation"

Interrogée par TV5Monde, Jennyfer Melody Sambat n’a pas fait dans la langue de bois. Elle a confirmé que cette suspension visait à obtenir une réaction de la firme californienne, accusée de mutisme face aux injonctions des nouvelles autorités gabonaises depuis plus d’un an. « Il est inconcevable qu’après de nombreuses alertes du gouvernement, le groupe ne fasse rien. On n’a jamais eu de réponse. Il a fallu justement faire cette suspension pour qu’on ait une réponse du groupe Meta », a-t-elle déclaré.

L’intervention de la porte parole présidentielle

Cette stratégie du "bras de fer", bien que la porte-parole tente de minimiser le terme, a apparemment porté ses fruits. Selon la présidence, le groupe Meta aurait contacté les autorités gabonaises « suite à la suspension d’hier » pour entamer des négociations. Une victoire tactique pour le Palais du Bord de mer, qui démontre ainsi que la coupure des réseaux est moins une question de sécurité immédiate qu’un levier de négociation diplomatique et numérique.

"Cohésion sociale" ou contrôle politique ?

Pour justifier cette censure qui isole le Gabon, l’exécutif brandit l’argument de la « cohésion sociale » et de la protection des « us et coutumes » . La présidence a explicitement justifié la décision par la circulation de contenus jugés dangereux. « On observe une récrudescence d’informations diffamatoires (…) de manipulations politiques qui entravent en réalité la cohésion sociale », a déclaré Jennyfer Melody Sambat. Elle a également évoqué « une exposition (…) de contenus d’un caractère violent, voire pornographique », estimant que ces publications « entravent nos mœurs, nos us et coutumes au Gabon ». En filigrane, l’exécutif revendique une lecture sécuritaire de l’espace numérique, centrée sur la stabilité sociale.

Face aux critiques sur un possible recul démocratique, la porte-parole adjointe a récusé l’argument. « Cette suspension va nous permettre de réguler justement et de passer au cadre de négociations demandées dans le respect (…) de nos valeurs, de nos us et coutumes auprès du groupe Meta », a-t-elle affirmé. Selon elle, le gouvernement et la HAC auraient multiplié « depuis plus d’un an » les alertes à Meta, sans obtenir de réponse. « Il est inconcevable qu’après de nombreuses alertes du gouvernement, le groupe ne fait rien. On n’a jamais eu de réponse », a-t-elle martelé.

Une attente indéfinie et un mépris de l’économie numérique

À la question cruciale de savoir quand la connexion sera rétablie, la réponse du Palais est sans appel : « Les Gabonais vont attendre ». La porte-parole précise que la suspension durera le temps de mettre en place « un cadre formel » de négociations. Plus surprenant encore, la présidence semble minimiser l’impact économique désastreux de cette décision pour les milliers de jeunes entrepreneurs gabonais dont l’activité dépend exclusivement de Facebook et WhatsApp.

« Les plateformes du groupe Meta ne représentent pas Internet (...) On a du e-commerce qui se fait sur ces plateformes-là, mais c’est une décision qui est assumée », a tranché Melody Samba, appelant à « sortir du cadre émotionnel ». En montant au créneau pour justifier cette décision, la présidence confirme que la HAC agit bien sous dictée. Le Gabon s’engage ainsi dans une période d’incertitude numérique, otage d’une négociation opaque entre Libreville et la Silicon Valley.

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