Affaire Bilie By Nze : Féfé Onanga tire sur un député français dénonçant une « dérive autoritaire »
Le mouvement politique Féfé Onanga est vigoureusement sorti de sa réserve le mardi 2 juin, à la faveur d’une conférence de presse tenue à Port-Gentil. Au cœur de cette sortie médiatique, une condamnation ferme et sans appel des récentes déclarations du député français Jean-Louis Roumégas concernant la situation judiciaire d’un ancien Premier ministre gabonais Alain Claude Bilie By Nzé. Pour cette entité politique, cette prise de position parisienne résonne comme une intrusion intolérable dans les affaires strictement internes de la République.
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Face aux professionnels des médias, le secrétaire général du mouvement, Delphin Mboumba Moussounda, a fustigé l’attitude récurrente d’une certaine classe politique française, prompte à s’ériger en donneuse de leçons face aux décisions souveraines des États africains. Le responsable politique a martelé que les dossiers pendants devant la justice gabonaise doivent être traités par les seules institutions compétentes du pays, totalement affranchies de la moindre pression ou considération extérieure.
Un appel au bloc patriotique autour des institutions
Adoptant un ton résolument offensif, Delphin Mboumba Moussounda a rappelé que le Gabon, en tant qu’État souverain, dispose d’institutions pleinement légitimes pour mener à bien ses procédures judiciaires. Qualifiant les propos du parlementaire français de manque de respect flagrant à l’égard de la souveraineté nationale, il a exhorté les forces vives de la Nation, la société civile et l’ensemble de la classe politique à faire bloc face aux tentatives d’influence étrangères. Au-delà de cette levée de boucliers, le mouvement a tenu à réaffirmer son indéfectible soutien au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et au vaste processus de refondation de l’État en cours.
La sortie du mouvement mardi à Port-Gentil
Si les responsables de ce rassemblement ont salué les efforts acharnés de l’exécutif pour restaurer l’autorité de l’État et assainir la gouvernance publique, ils ont également tenu à alerter sur l’immensité des défis restants. Ils invitent ainsi le numéro un gabonais à poursuivre les réformes avec vigilance et une écoute toujours plus attentive des populations. « Les attentes des Gabonais sont immenses. Le président de la République doit continuer à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation, renforcer l’unité nationale et préserver la cohésion sociale », a formellement déclaré le secrétaire général.
Satisfecit pour la modernisation et la transparence de l’action publique
Cette tribune port-gentillaise a également servi d’opportunité pour décerner des encouragements aux récentes initiatives gouvernementales. Le mouvement Féfé Onanga a particulièrement félicité les autorités pour la livraison du nouveau palais des congrès de Libreville, majestueux édifice désormais baptisé du nom d’Omar Bongo Ondimba. Aux yeux des conférenciers, cette infrastructure de dernière génération incarne avec force l’ambition de modernisation prônée par les plus hautes autorités et participe activement au rayonnement diplomatique du pays sur la scène internationale.
Poursuivant sur cette lancée, le directoire du mouvement a apporté son onction à l’émission gouvernementale « Les 100 jours du gouvernement ». Perçu comme un outil novateur de communication publique et de reddition des comptes, ce programme permet une évaluation lucide de l’action de l’exécutif par les citoyens. Soucieux d’enraciner cette culture de la transparence, Delphin Mboumba Moussounda a enfin plaidé pour que cette exigence de redevabilité soit rigoureusement étendue à l’ensemble des administrations et des démembrements bénéficiant des ressources de l’État.
L’interpellation du député français au ministre des Affaires étrangères
17e Législature
Publication de la question au Journal Officiel du 19 mai 2026, page 4332
Question de : M. Jean-Louis Roumégas
Hérault (1re circonscription) - Écologiste et SocialM. Jean-Louis Roumégas attire l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre du Gabon et principal candidat de l’opposition à la dernière élection présidentielle, arrivé deuxième du scrutin, actuellement maintenu en détention préventive dans des conditions que de nombreux observateurs qualifient d’arbitraires et d’inhumaines. M. Bilie-By-Nze est détenu dans le cadre d’une procédure civile portant sur des faits qui remonteraient à dix-huit ans. Le sérieux juridique de cette procédure est si manifestement douteux que les syndicats gabonais de magistrats et de greffiers eux-mêmes, le Synamag et le Synagref, ont publiquement exprimé leur trouble et leurs interrogations face à une détention préventive dont les fondements légaux apparaissent pour le moins fragiles. Lorsque les corps constitués du système judiciaire d’un pays s’émeuvent publiquement du sort d’un détenu, c’est le signe que l’État de droit est gravement compromis. Cette détention ne saurait être appréhendée hors de son contexte politique. Depuis le coup d’État militaire d’août 2023, le régime de la transition gabonais, qui avait promis de restaurer les institutions démocratiques et de rendre leur dignité aux Gabonais, a progressivement emprunté la voie de l’autoritarisme. Les violations des droits humains se multiplient : détentions arbitraires fréquemment accompagnées d’allégations de tortures, atteintes répétées aux droits syndicaux, restrictions croissantes des libertés publiques, etc. Depuis le 17 février 2026, les réseaux sociaux sont coupés. Les manifestations qui ne vont pas dans le sens des autorités ne sont pas autorisées. Les voix qui s’élèvent pour critiquer la gestion du pouvoir sont réduites au silence. La détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nze s’inscrit précisément dans cette logique de musellement de l’opposition. Elle apparaît également comme une manœuvre destinée à détourner l’attention des nombreux échecs et scandales qui entachent l’action du nouveau pouvoir : une crise sociale profonde marquée par la vie chère, les défaillances persistantes en matière d’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation et à la santé ; des scandales économiques et financiers impliquant détournements, corruption et gaspillages et, plus récemment, les vives controverses suscitées par la question de la souveraineté sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga, ainsi que par les dispositions du nouveau code de la nationalité. Dans ce contexte préoccupant, M. le député s’interroge sur la position de la France. Le pays continue non seulement de soutenir ce régime, mais il lui a récemment adressé une invitation officielle à Paris, offrant ainsi à ses dirigeants une caution diplomatique qui tranche douloureusement avec les engagements que la France dit porter en matière de démocratie, d’État de droit et de droits humains. En invitant officiellement le chef de l’État gabonais à Paris tandis qu’un opposant politique est maintenu en détention préventive dans des conditions indignes, la France envoie un signal désastreux. En conséquence, il lui demande quelle appréciation le Gouvernement français porte sur la détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nze au regard des principes de l’État de droit, des droits humains et des engagements internationaux de la France, ainsi que sur les démarches qu’il entend entreprendre auprès des autorités gabonaises afin d’obtenir la fin des détentions arbitraires et des traitements dégradants dans le pays. Il l’interroge également sur la manière dont le Gouvernement justifie le maintien d’un soutien diplomatique et la tenue d’une visite officielle du chef de l’État gabonais à Paris, alors même que les atteintes aux libertés publiques, à l’opposition politique et aux droits fondamentaux se multiplient au Gabon. Il appelle solennellement le Gouvernement français à ne pas se rendre complice, par son silence ou ses honneurs diplomatiques, d’un régime qui trahit chaque jour davantage les espoirs qu’il avait lui-même suscités et à user de toute son influence pour que la détention arbitraire d’Alain-Claude Bilie-By-Nze et de tout prisonnier d’opinion cesse sans délai. Il souhaite connaître sa position à ce sujet.
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