« Yaha Brice, ressaisis-toi ! » : La gifle d’anniversaire d’un gabonais à Oligui Nguema pour ses 51 ans
Alors que les messages kounablistes et atakoulistes fusent de partout depuis ce mardi 3 mars à l’occasion du 51e anniversaire du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema qui a renversé la famille Bongo au pouvoir au Gabon durant 56 ans, un post est venu changer la donne. Signée par un citoyen et chanteur gabonais, Isaac John Koné, cette lettre ouverte prend la forme d’une interpellation directe, sans filtre ni fioritures. Loin des courbettes habituelles, l’auteur a choisi ce jour symbolique pour dresser un bilan sans concession des premiers mois d’exercice du pouvoir, rappelant au chef de l’état les immenses attentes placées en lui par la population au lendemain du changement de régime.
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Le ton est donné d’emblée, avec un tutoiement familier qui s’adresse à l’homme derrière la carapace institutionnelle : « Yaha Brice » . L’auteur prend le soin de rappeler les fondamentaux moraux sur lesquels repose la légitimité du nouveau pouvoir en place. Il insiste sur le fait qu’un militaire est avant tout « un homme de parole, plein de sens, de convictions et de droiture », censé incarner « le respect, la rigueur, l’ordre et la discipline ». C’est sur la base de ce contrat moral, et pour la restauration tant promise de la dignité, que le peuple s’est uni pour l’accompagner dans la très lourde charge de diriger la nation.
Les fantômes du passé et le piège d’un entourage toxique
Pour étayer son propos, le citoyen altogovéern vivant en France n’hésite pas à convoquer les fantômes des régimes précédents, soulignant que le nouveau président a été un témoin privilégié de leurs dérives. Il évoque l’ère d’Omar Bongo, où « tout n’a pas été parfait », et fustige le passage destructeur d’Ali Bongo qui a fini par « tout brûler et détruire le peu d’espoir qui restait ». Le message souligne avec force que Brice Clotaire Oligui Nguema a vu de ses propres yeux comment ses prédécesseurs ont été manipulés, menés en bateau et finalement trahis par leur propre cour.
Synthèse des griefs et reproches formulés à Oligui Nguema
| Thématiques | Griefs et reproches adressés au président de la Transition |
|---|---|
| Entourage politique | Maintien de la confiance accordée aux « thuriféraires » et bonimenteurs des régimes précédents ; collaborateurs toxiques qui l’exposent, le trahissent et le poussent à des choix impopulaires. |
| Gouvernance financière | Multiplication des scandales liés à des détournements massifs d’argent public se chiffrant en milliards. |
| Justice et autorité | Persistance des abus de pouvoir et des graves irrégularités dans l’appareil judiciaire, jugés inacceptables sous un régime militaire. |
| Communication | Manque de clarté, maintien du peuple dans le secret et incapacité à valoriser médiatiquement les véritables avancées de la Transition. |
| Gestion de la diaspora | Inaction totale des membres de la diaspora nommés au gouvernement ou dans l’administration pour apaiser la grogne de leurs compatriotes à l’étranger. |
| Posture présidentielle | Attitude d’un dirigeant désormais perçu par la population comme étant distant, isolé et égaré de sa mission initiale. |
C’est fort de ce constat amer que l’auteur égrène une série de sept questions rhétoriques, traduisant fidèlement l’incompréhension grandissante de la rue. Le paradoxe est frappant : comment un pouvoir d’exception peut-il encore faire confiance aux « mêmes thuriféraires, ces bonimenteurs » de l’ancien système ? Le citoyen s’indigne ouvertement de voir ressurgir des scandales liés à des détournements de fonds publics se chiffrant en milliards. Il s’étonne surtout que, sous l’autorité d’un militaire, les abus de pouvoir et les irrégularités au sein de l’appareil judiciaire aient toujours droit de cité.
Un déficit de communication et une diaspora toujours en fracture
Au-delà de la stricte gouvernance économique et judiciaire, la missive pointe du doigt de graves défaillances en matière d’image et de stratégie politique. L’entourage présidentiel est frontalement accusé d’exposer le chef de l’état et de le pousser à faire des choix qui le rendent impopulaire, qui « révoltent le peuple » et ne produisent aucun résultat tangible. L’auteur déplore une communication floue et opaque, où la population a le sentiment d’être « tenu au secret », tandis que les véritables avancées et les bonnes actions de l’exécutif ne sont paradoxalement jamais mises en lumière lors des débats ou des conférences médiatiques.
Le message d’anniversaire de ce citoyen
La délicate question de la diaspora occupe également une place de choix dans ce réquisitoire citoyen. Malgré les nominations politiques de nombreux compatriotes de l’étranger au sein du gouvernement et de la haute administration, les résultats sur le terrain de la cohésion semblent dramatiquement inexistants. Le texte regrette profondément que ces cadres promus ne mènent « aucune réelle ni véritable action » pour réconcilier le sommet de l’état avec une diaspora qui, déçue par l’inaction, « commence à grogner » face à des pratiques qui rappellent tristement le statu quo.
Un appel au sursaut républicain pour sauver l’espoir d’une nation
Malgré la rudesse du constat, le message d’Isaac John Koné se veut avant tout constructif, bienveillant et plein d’espoir. Reconnaissant humblement que « toute œuvre humaine est toujours faite d’erreurs », il lance un vibrant appel au sursaut : « Ressaisis-toi, reviens vers le peuple qui t’a soutenu et qui aujourd’hui vit dans une stupeur de te voir désormais distant, isolé et égaré ». L’auteur rappelle que le Gabonais est un citoyen indulgent dont les attentes sont claires, et exhorte fermement le président à ne pas laisser germer la haine et la méchanceté dans le pays.
En guise de conclusion pour cet anniversaire aux allures d’électrochoc, le citoyen trace une véritable feuille de route morale pour la suite de la transition. Il incombe désormais au président de réconcilier les enfants du pays, de rattraper les ratés de ses prédécesseurs et de prendre des résolutions courageuses pour le développement. Concluant sur des vœux de protection divine et ancestrale, ce message rappelle l’urgence de l’action : le président a encore le temps de s’améliorer car « la vie ne nous appartient pas ». La balle est désormais dans le camp du palais présidentiel, invité plus que jamais à privilégier le dialogue.
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