Protestation

Masque Fang vendu en France : DiaspAura dénonce une « profanation » et réclame sa restitution

Masque Fang vendu en France : DiaspAura dénonce une « profanation » et réclame sa restitution
Le masque présenté quelques jours avant sa vente sur un plateau télé © 2026 D.R./Info241

Le Collectif DiaspAura composé de gabonais vivant en France, s’est insurgé ce lundi 2 février dans un communiqué contre la vente aux enchères d’un masque Ngil, objet rituel sacré relevant du patrimoine vivant des peuples fang du Gabon. Le communiqué, parvenu à la rédaction d’Info241, met directement en cause Aymeric Rouillac, commissaire-priseur en France et ses propos. DiaspAura affirme que la commercialisation d’un tel objet constitue une atteinte grave au sacré et à la dignité culturelle des dépositaires. Le collectif annonce qu’il se réserve le droit d’engager des actions contre ce qu’il qualifie de dérive.

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Selon le communiqué, la vente s’est tenue le 9 juin 2025 au château de Villandry (Indre-et-Loire, France). L’objet y a été adjugé 25 000 € soit 16 398 925 F CFA DiaspAura ne conteste pas seulement la transaction : le collectif conteste le principe même de la mise en marché d’un objet présenté comme rituel et non désaffecté qui aurait été retrouvé dans une poubelle puis daté au carbon 14. Pour l’organisation, aucun argument artistique, patrimonial ou marchand ne peut justifier la vente d’un bien sacré.

 « Le sacré africain n’est ni mort, ni à vendre »

DiaspAura relie cette vente à une séquence médiatique antérieure. Le collectif vise l’émission « Local Génial », diffusée le 26 mai 2025 sur la chaîne locale Val de Loire TV, au cours de laquelle Aymeric Rouillac aurait tenu des propos jugés attentatoires à la réalité des traditions vivantes. DiaspAura accuse cette exposition d’avoir contribué à banaliser l’objet avant sa mise aux enchères. Le communiqué estime que cette médiatisation a préparé le terrain à une marchandisation présentée comme ordinaire.

Passage de l’émission controversée

Le collectif cite des formulations attribuées au commissaire-priseur, notamment l’idée que la confrérie initiatique fang du Ngil aurait été « dissoute par le colonisateur ». Il dénonce également la suggestion selon laquelle des cultes africains seraient « disparus ». Pour DiaspAura, ces affirmations relèvent d’une stratégie d’effacement destinée à rendre vendable ce qui ne devrait pas l’être. Le communiqué tranche : « Le sacré africain n’est ni mort, ni à vendre ».

 Un objet rituel, pas un « artefact »

DiaspAura insiste sur le statut du masque mis en cause. « Le masque Ngil n’est ni un accessoire télévisuel, ni un objet décoratif, ni un simple artefact patrimonial », affirme le collectif. Il rappelle qu’il s’inscrit dans « un système initiatique structurant » et qu’il demeure « toujours transmis, toujours reconnu par ses dépositaires légitimes », y compris lorsque l’histoire coloniale a imposé la discrétion. Pour l’organisation, ces éléments suffisent à disqualifier toute tentative de relativisation de la portée du geste.

Le communiqué qualifie l’enchaînement médiatisation-vente de « profanation médiatique irrespectueuse et inappropriée » réalisée « par la main d’un non-initié Ngil, hors de tout cadre rituel ». DiaspAura affirme que cet acte participe d’une « désacralisation assumée du patrimoine africain ». Le collectif dénonce un traitement différencié selon l’origine des biens, estimant que des reliques chrétiennes, des objets funéraires européens ou des regalia occidentaux ne seraient pas exposés et vendus dans des conditions comparables. Conclusion sans détour : « Ce deux poids deux mesures est inacceptable ».

 Provenance contestée et menace d’actions

DiaspAura s’attaque ensuite au récit de provenance. Le collectif indique que le masque aurait été présenté comme ayant été « acquis auprès de quelqu’un qui l’avait découvert dans une décharge ». Il juge cette version « non étayée par une documentation rigoureuse » et considère qu’elle ne peut, en aucun cas, servir de justification à une vente aux enchères. Pour DiaspAura, l’absence de traçabilité solide aggrave encore la portée de l’affaire.

Enfin, le collectif affirme que la vente d’un objet rituel « non désaffecté » constitue un problème « juridique, culturel, éthique et politique majeur ». DiaspAura martèle que les objets rituels africains sont des biens « culturels collectifs et sacrés » et que « la restitution n’est pas une faveur mais une exigence de justice culturelle. » Le communiqué se conclut par une mise en garde explicite : « Plus jamais ça. » L’organisation affirme que les « auteurs et complices » devront, selon ses termes, répondre des faits « devant toutes les juridictions administratives et juridiques compétentes ».

@info241.com
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