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Nostalgie courtisane

Gabon : Quand Michel Essonghe ressuscite le culte d’Omar Bongo pour mousser Oligui Nguema

Gabon : Quand Michel Essonghe ressuscite le culte d’Omar Bongo pour mousser Oligui Nguema
Gabon : Quand Michel Essonghe ressuscite le culte d’Omar Bongo pour mousser Oligui Nguema © 2026 D.R./Info241

Les lecteurs du quotidien progouvernemental L’Union ont eu droit ce mercredi 6 mai, à une véritable capsule temporelle. Michel Essonghe, bongoisre de la première heure se présentant comme un « Haut dignitaire de la République », y signe une tribune grandiloquente pour célébrer la réhabilitation de la Cité de la Démocratie et du nouveau Palais des Congrès. Son texte, qui se veut un hommage appuyé au défunt président Omar Bongo Ondimba qui regné de main de fer sur le pays durant 42 ans, sonne avant tout comme une allégeance emphatique au chef de l’État actuel, Brice Clotaire Oligui Nguema qui lui même a décidé de faire de l’ancien président un des derniers "démocrates" de notre histoire recente.

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Sous couvert de convoquer la mémoire nationale, Michel Essonghe livre un exercice de courtisanerie dont seule une certaine élite politique gabonaise a conservé le secret depuis l’ère Omarienne bongoiste. L’auteur ne tarit pas d’éloges sur Brice Clotaire Oligui Nguema, le félicitant d’avoir tenu ses engagements et saluant sa « volonté créatrice ». Le texte s’efforce ainsi de tisser une filiation idéalisée entre l’ancien patriarche, Omar Bongo Ondimba, et le nouvel homme fort du pays, tout en occultant soigneusement les dérives d’un système que l’actuel locataire du palais Rénovation a pourtant eu la charge d’éradiquer.

 L’amnésie sélective au service du culte de la personnalité

Plus troublante encore est la réécriture romancée de l’ère Omar Bongo Ondimba proposée par cette tribune. Michel Essonghe dépeint un homme exclusivement tourné vers la paix, le dialogue et l’unité. Il efface d’un trait de plume les décennies de gouvernance autocratique, de parti unique et de gestion patrimoniale de l’État qui ont durablement fracturé la société. Si la Cité de la Démocratie a effectivement abrité de grands événements, elle fut aussi le symbole d’un faste étatique souvent déconnecté des réalités quotidiennes du citoyen lambda.

La tribune publiée ce mercredi

En acceptant de baptiser ce nouvel ensemble architectural du nom d’Omar Bongo Ondimba, Brice Clotaire Oligui Nguema envoie un signal paradoxal à l’opinion publique. Alors que de nombreux compatriotes aspiraient à une rupture nette avec l’ancien régime et ses symboles encombrants, cette démarche s’apparente à une réhabilitation spectaculaire du « bongoisme ». Michel Essonghe s’en réjouit d’ailleurs ouvertement, qualifiant cet acte de « réparation à l’histoire » et saluant une continuité entre les générations qui a de quoi laisser perplexes les partisans d’un véritable renouvellement politique.

 Des somptueux palais face aux urgences du quotidien

La publication de ce texte hagiographique par Michel Essonghe intervient par ailleurs dans un contexte social particulièrement tendu. Pendant que les dignitaires célèbrent le choix de Brice Clotaire Oligui Nguema de construire des joyaux de l’architecture pour honorer Omar Bongo Ondimba, les populations continuent de faire face à une vie chère asphyxiante, aux délestages chroniques et à un chômage endémique. La fascination pour les inaugurations de prestige et les hommages grandiloquents tranche singulièrement avec les promesses de pragmatisme et de proximité martelées par l’exécutif.

Thématique abordée Tribune de Michel Essonghe  L’analyse critique et la réalité politique
L’héritage d’Omar Bongo Ondimba Dépeint l’ancien président exclusivement comme un homme de paix, de dialogue et d’unité. Qualifie l’inauguration de « réparation à l’histoire ». Amnésie sélective : le texte occulte volontairement les décennies de gouvernance autocratique, le parti unique et la gestion patrimoniale de l’État.
L’attitude envers Brice Clotaire Oligui Nguema Tresse des lauriers à l’actuel chef de l’État, louant sa « volonté créatrice » et affirmant qu’il a tenu tous ses engagements. Exercice de courtisanerie classique. Cette allégeance crée un paradoxe gênant avec la volonté de rupture totale réclamée par le peuple.
La réhabilitation du Palais des Congrès Célèbre un « joyau » architectural, symbole de la continuité institutionnelle et réceptacle du rayonnement diplomatique. Fascination pour le faste étatique qui tranche brutalement avec les urgences quotidiennes des citoyens (vie chère, délestages, chômage).
La vision de la République Se réjouit ouvertement de la « continuité entre les générations » et de la résurgence des figures de l’ancien régime. La classe politique peine à se renouveler. Les populations attendent des actes pragmatiques plutôt que le culte du passé. Le Gabon n’est plus en transition.

En définitive, cette tribune illustre la difficulté tenace d’une certaine classe dirigeante, incarnée ici par Michel Essonghe, à exister autrement que par la louange systématique au prince régnant et l’invocation des mânes du passé. Le Gabon n’est plus en transition. La République a urgemment besoin de visions d’avenir audacieuses, d’institutions solides et de réponses concrètes aux maux sociaux, plutôt que de voir renaître les totems d’une époque révolue que l’on croyait définitivement rangée dans les livres d’histoire.

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