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Patrimoine et souveraineté

Gabon : Le vibrant plaidoyer de Guy Bertrand Mapangou pour sauver l’iboga des appétits mondiaux

Gabon : Le vibrant plaidoyer de Guy Bertrand Mapangou pour sauver l’iboga des appétits mondiaux
Gabon : Le vibrant plaidoyer de Guy Bertrand Mapangou pour sauver l’iboga des appétits mondiaux © 2026 D.R./Info241

Les colonnes du quotidien pro-gouvernemental L’Union ont servi d’avertissement solennel. Guy Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) du Gabon, y a publié une longue tribune intitulée « L’iboga face aux appétits du monde ». Sous sa double casquette institutionnelle et de traditionaliste, l’auteur dresse un constat implacable sur la convoitise internationale frénétique qui entoure ce patrimoine naturel et spirituel endémique, appelant les autorités à un sursaut immédiat.

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Le point de départ de cette réflexion s’ancre dans une actualité récente et décisive : le 18 avril dernier, les États-Unis ont franchi un cap politique majeur en accélérant officiellement la recherche fédérale sur l’ibogaïne, notamment pour le traitement des traumatismes crâniens et du stress post-traumatique chez les vétérans. Pour le président du Cesec, le message est on ne peut plus clair. « L’iboga n’est pas une curiosité ethnobotanique marginale. Il devient un objet stratégique de recherche, de développement thérapeutique, d’investissement et de compétition mondiale », prévient-il, balayant toute vision passéiste de cette plante sacrée.

 La menace d’une spoliation scientifique et le spectre du schéma colonial

Le cœur du problème, selon le haut responsable, ne réside plus dans la simple exportation de la matière première brute, mais dans la maîtrise de son ingénierie médicale. La véritable bataille de la valeur se joue désormais dans les laboratoires et les cliniques spécialisées occidentales. L’auteur souligne avec acuité que « l’argent le plus important ne se fera pas au niveau de la racine. Il se fera dans ce que d’autres bâtissent autour d’elle : protocoles thérapeutiques, méthodes d’accompagnement, ingénierie clinique, formation des praticiens, musique, environnement de soin et salles d’initiation ».

Les fruits de cette plante "sacrée" gabonaise

Face à cette ruée vers un or vert très lucratif, Guy Bertrand Mapangou redoute que la passivité locale ne conduise à un désastre de dépossession économique et culturelle. Il interpelle directement la conscience nationale : « La vraie question est désormais la suivante : allons-nous rester les gardiens passifs d’un trésor que d’autres transformeront bientôt en brevets, en protocoles, en cliniques, en laboratoires et en milliards ? » Si le pays ne se réveille pas, le diagnostic établi par l’éditorialiste est sans appel. « Sinon, nous reviendrons au vieux schéma colonial : la ressource est pillée et partant, le brevet s’installe ailleurs, la valeur remonte vers le Nord, et le pays d’origine est renvoyé à son folklore », martèle-t-il.

 Un plan de riposte en six actes pour asseoir la souveraineté gabonaise

Refusant la fatalité d’une telle dépossession, la tribune propose un changement de paradigme radical. Le Gabon ne doit plus se contenter d’observer, mais doit s’imposer sur la scène internationale avec une intelligence stratégique pour capter la rente de « ces étages supérieurs ». L’éditorialiste détaille ainsi une feuille de route offensive exigeant de l’État qu’il « agisse vite sur six fronts ». Parmi ces priorités absolues figurent la sécurisation juridique de l’origine et des savoirs traditionnels, l’organisation d’une véritable filière nationale de domestication, ainsi que la mise en place d’une doctrine rigoureuse sur les licences et la recherche scientifique.

Ce plan d’action vise à repositionner fondamentalement le pays dans la chaîne de valeur mondiale, en s’appuyant notamment sur le Protocole de Nagoya ratifié par l’État, qui garantit un partage équitable des bénéfices. Pour Guy Bertrand Mapangou, la nation doit opérer une mue institutionnelle indispensable et assumée. Il affirme avec conviction que le pays « doit devenir : Gardien de la ressource ; Gardien des savoirs ; Producteur ; Copropriétaire des usages ; Bénéficiaire légitime des bénéfices ; Et centre international de référence en matière de recherche scientifique et médicale ».

 L’urgence d’agir face aux stratégies de contournement mondiales

L’urgence de cette structuration est d’autant plus vive que la concurrence internationale ne nous fera aucun cadeau. Le président du Cesec relève que le monde n’attendra pas le Gabon. Il alerte sur l’émergence rapide de « stratégies de contournement : ibogaïne synthétique, analogues brevetés, dérivés issus d’autres plantes comme le Voacanga du Ghana et des protocoles inspirés mais déconnectés du Gabon ». Face à ces signaux, le traditionaliste estime que le temps de la naïveté est révolu.

En conclusion de ce plaidoyer retentissant, l’auteur rappelle que l’enjeu dépasse de très loin les simples considérations financières, agricoles ou médicales. La défense acharnée de cette racine touche à l’essence même de l’identité et de l’âme de la nation. « Car derrière l’iboga, il n’y a pas seulement une plante. Il y a une civilisation gabonaise du savoir. Et peut-être, pour le Gabon, une part décisive de son avenir », conclut-il magistralement, jetant ainsi un véritable défi aux pouvoirs publics pour la préservation de ce marqueur absolu de souveraineté.

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