Prise de parole

Gabon : « Ce qui s’est fait hier peut se reproduire », prévient Bilie-By-Nze aux autorités de Libreville

Gabon : « Ce qui s’est fait hier peut se reproduire », prévient Bilie-By-Nze aux autorités de Libreville
Gabon : « Ce qui s’est fait hier peut se reproduire », prévient Bilie-By-Nze aux autorités de Libreville © 2026 D.R./Info241

​​​​​​​Lors d’une rencontre avec la diaspora gabonaise à Paris, le 7 février 2026, Alain Claude Bilie-By-Nze a livré un discours frontal contre le pouvoir de Brice Oligui Nguema. Constitution à revoir, pouvoir trop concentré, ambitions affichées et même évocation de recours judiciaires à l’étranger : une prise de parole offensive qui affirme sa volonté de se positionner en alternative.

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Des Gabonais venus de toute l’Île-de-France, parfois de plus loin, se sont déplacés pour écouter celui qui fut le dernier Premier ministre d’Ali Bongo, ancien candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025 et qui est actuellement président du parti ensemble pour le Gabon. À Paris, le 7 février 2026, Alain Claude Bilie-By-Nze parle longtemps, sans notes, comme s’il voulait remettre en ordre les événements récents et tracer déjà la suite.

Une autre vue de cette rencontre

Près d’un an après la présidentielle du 12 avril 2025 qui a « blanchi » le coup d’État du 30 août 2023, l’ancien chef du gouvernement Gabonais, ancien candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025 et président du parti politique ensemble pour le Gabon dresse un constat inquiet : si rien n’est fait pour redresser la barre le pays va vers une grave crise multiforme. « Ce qui s’est fait hier, si on n’y prend pas garde, va se reproduire », a-t-il d’éclairé d’un calme olympien qui est devenu sa marque de fabrique. 

« Tous les pouvoirs constitutifs contenus dans la main d’un seul ne peuvent pas développer le pays »

Très vite, le débat se recentre sur les institutions. Pour Bilie-By-Nze, le problème est structurel. Il parle d’une Constitution qui, selon lui, continue de concentrer l’essentiel des leviers de pouvoir. « Tous les pouvoirs constitutifs contenus dans la main d’un seul ne peuvent pas développer le pays  », affirme-t-il.

Il insiste : sans révision rapide du texte fondamental, le pays risque de se retrouver dans une nouvelle impasse : « Si cette Constitution n’est pas révisée dans deux ans, nous aurons une crise de système  », prévient-il.

 « Je n’ai pas cru au coup d’État »

La discussion revient forcément sur le coup d’État du 30 août 2023. Alain Claude Bilie-By-Nze affirme qu’il a été sceptique dès le début : « Je n’ai pas cru au coup d’Éta t », confie-t-il et parle d’un événement « interne », survenu au cœur même du système.

Il rappelle aussi sa décision de ne pas poursuivre l’aventure politique avec les militaires après sa rencontre avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema qui l’avait proposé de continuer en tant que premier ministre : « J’ai fait le choix de ne pas continuer  », dit-il simplement.

Depuis l’élection présidentielle de 2025, son regard sur le pouvoir en place est sans indulgence. Il ironise sur certaines séquences politiques et sur l’organisation de l’exécutif dirigé par Brice Oligui Nguema. Une pique, lancée presque à mi-voix, déclenche quelques rires : « Il ne sait pas qu’il est chef du gouvernement. »

 « Moi, je veux diriger ce pays, le Gabon »

Au fil des échanges, Alain Claude Bilie-By-Nze ne contourne pas la question qui flotte dans l’air : ses intentions. « Moi, je veux diriger ce pays, le Gabon » rappelle -t-il. Il parle d’ « états généraux de la nation », qu’il imagine comme un grand moment de remise à plat. Institutions, économie, éducation, gouvernance : tout devrait, selon lui, être remis sur la table. « On n’a pas le droit, en 2026, de piloter à vue », insiste-t-il. Il interroge aussi le quotidien des Gabonais : « Est-ce que le Gabonais vit mieux qu’il y a deux ans ?  »

Alain Claude Bilie-By-Nze évoque également plusieurs dossiers économiques sensibles. Il critique certaines opérations dans le secteur pétrolier et certaines décisions qu’il juge mal calibrées. « L’opération Assala » est notamment qualifiée de « mauvaise  ». Il appelle à plus de transparence et à une gestion plus lisible des ressources.

 « Il faut que les Gabonais sachent ce qui s’est passé »

Mais le moment le plus sérieux de la rencontre arrive lorsqu’il aborde la question de la justice. Bilie-By-Nze plaide pour une commission « vérité, justice et réparation » afin de faire la lumière sur les violences politiques passées, notamment celles d’août 2016. « Il faut que les Gabonais sachent ce qui s’est passé », insiste-t-il.

Il évoque alors une piste plus inattendue : celle d’éventuels recours devant des juridictions européennes, au nom de la compétence universelle. Ce principe permet, dans certains cas, de juger des crimes graves commis à l’étranger.

Rappelons que c’est au nom de la compétence universelle que des responsables rwandais ont été jugés en France pour le génocide. Qu’Augusto Pinochet a été inquiété par la justice espagnole. Et plus récemment, que l’ancien ministre de l’Intérieur gambien Ousman Sonko, Proche du régime de Yahya Jammeh a été arrêté en Suisse en 2017 puis condamné en 2024 pour crimes contre l’humanité liés à des actes de torture commis en Gambie…

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