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Bâtons rompus

Gabon : Oligui Nguema répond cash sur son entourage, le pouvoir et les « mangeurs » du gouvernement

Gabon : Oligui Nguema répond cash sur son entourage, le pouvoir et les « mangeurs » du gouvernement
Gabon : Oligui Nguema répond cash sur son entourage, le pouvoir et les « mangeurs » du gouvernement © 2026 D.R./Info241

Sur les eaux de Mayumba, dans la Nyanga, loin du protocole compassé des palais et des conférences de presse, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est prêté, ce jeudi 28 mai, à un entretien nocturne à bâtons rompus avec le journaliste et activiste Chamberlain Moukouama. Au fil d’une partie de pêche devenue séquence politique, le président gabonais a répondu aux critiques sur son entourage, aux rumeurs de remaniement, aux accusations de pouvoir confisqué et aux attentes d’une population impatiente. Dans un ton parfois taquin, parfois ferme, il a surtout voulu faire passer un message : le pouvoir n’est pas une mangeoire, et ceux qui seraient venus pour s’enrichir devront sortir.

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L’entretien débute dans une ambiance décontractée, presque insolite. Une embarcation, la nuit, Mayumba en décor, Oliver N’Goma en fond sonore et un président invité à répondre à des questions que Chamberlain Moukouama présente comme celles que « les Gabonais se posent ». Très vite, l’échange quitte la légèreté de la pêche pour entrer dans le dur : l’entourage présidentiel, les soupçons de mauvaise influence, la solitude du pouvoir, la gestion des courriers des citoyens, les jeunes nommés trop vite et les ministres accusés de venir « manger » au gouvernement.

« Je ne crois pas aux fétiches »

L’une des premières questions frontales porte sur une rumeur persistante dans l’opinion : Brice Clotaire Oligui Nguema serait-il « pris en otage par son entourage » ? Chamberlain Moukouama pousse même la provocation jusqu’à évoquer l’idée qu’on l’aurait « fétiché ». La réponse du chef de l’État est immédiate : « Moi, je ne crois pas aux fétiches. Je vais à l’église tous les dimanches ». En quelques mots, il balaye l’hypothèse mystique et replace le débat sur le terrain politique et humain.

Mais la question de l’entourage revient avec insistance. Le journaliste lui rapporte que « les Gabonais disent que votre entourage n’est pas bien ». Oligui Nguema esquive d’abord par l’ironie, en renvoyant son interlocuteur à sa propre présence sur le bateau : « Mon entourage ? Tu fais partie de mon entourage ? Qu’est-ce que tu fais avec nous sur ce bateau-là ? ». Derrière la plaisanterie, le président refuse de valider l’idée d’un pouvoir confisqué par quelques proches, tout en demandant des noms à ceux qui critiquent sans identifier clairement les personnes visées.

Le président assume seul le poids du pouvoir

Le moment le plus politique de l’entretien intervient lorsque Brice Clotaire Oligui Nguema revient sur la solitude de la fonction présidentielle. À la question de savoir si un président est nécessairement seul, il répond sans détour : « Le président est un homme seul. Quand ça marche, c’est bien pour tout le monde. Quand ça ne marche pas, c’est sûr qu’on jette la pierre ». Puis il précise : « Ils n’ont pas été élus par le peuple. C’est moi qui ai été élu, donc j’assume ». Cette phrase résume l’un des messages centraux de la séquence : il entend porter seul la responsabilité politique du mandat.

Cette affirmation vaut aussi réponse aux critiques sur son équipe. Pour Oligui Nguema, le débat sur l’entourage ne doit pas masquer l’essentiel : les résultats. « Changer l’entourage, ce n’est pas ce qui est difficile. L’entourage, on peut changer à chaque fois. Ce qui compte, c’est les résultats. C’est ce que le peuple attend », affirme-t-il. Une manière de reconnaître implicitement que l’équipe peut être ajustée, mais sans céder aux injonctions de la rue ni aux rumeurs de remaniement.

« On ne vient pas au gouvernement pour manger »

La séquence la plus dure vise ceux qui considéreraient l’entrée au gouvernement comme une opportunité d’enrichissement. Oligui Nguema tranche : « Avec Oligui, on ne mange pas, on travaille ». Puis il insiste : « On ne vient pas au gouvernement pour manger. Celui qui vient pour manger, il va sortir ». Le chef de l’État va plus loin encore en prévenant que certains pourraient même se retrouver « devant les tribunaux ».

Interrogé sur l’éventualité que cette fermeté touche aussi sa propre famille, le président répond oui. « On va montrer l’exemple partout », dit-il, avant d’ajouter : « Un président n’a pas d’amis, il n’a pas de famille. Sa seule famille, c’est le peuple ». Dans un pays où les accusations de favoritisme, de népotisme et de prédation publique sont récurrentes, cette déclaration se veut un signal politique. Reste désormais à savoir si elle se traduira par des actes visibles lorsque des proches du pouvoir seront mis en cause.

Courriers des Gabonais et impatience sociale

L’échange aborde également les plaintes de citoyens affirmant écrire au président sans recevoir de réponse. Oligui Nguema répond qu’il reçoit bien des courriers de Gabonais et qu’un temps est prévu dans son organisation de travail pour les lire. « J’ai un jour où je lis les courriers des Gabonais qui m’écrivent. Et je sais comment je leur réponds. Et avec des solutions », explique-t-il. Il nuance toutefois en demandant à savoir par quelle voie les lettres sont envoyées, à quelle adresse, et si les auteurs disposent d’un accusé de réception.

Sur le fond, le président appelle encore à la patience. Face à ceux qui estiment que « ça ne marche pas », il rappelle que son mandat vient à peine de commencer. « Il est un peu trop tôt pour juger. Nous ne sommes qu’au début du mandat », répond-il, avant de défendre les premières réalisations de son pouvoir. Il cite notamment la construction d’une salle de conférence en 18 mois, en lançant : « Si on a pu faire une salle de conférence en 18 mois, qu’est-ce qu’on ne ferait pas en 7 ans ? ».

Les jeunes appelés à « faire leurs classes »

Autre passage remarqué : le rapport des jeunes au pouvoir et à la carrière administrative. Chamberlain Moukouama plaisante sur une éventuelle nomination après la partie de pêche. Oligui Nguema répond avec une mise en garde plus générale : « Il ne faut pas aller vite. Celui qui va vite, il tombe vite ». Pour lui, le problème de certains jeunes nommés est de vouloir atteindre trop rapidement le sommet sans avoir suffisamment appris les rouages de l’administration.

Le président développe alors une forme de leçon de carrière publique : « Quand on veut construire une carrière, on commence par le bas de l’échelle et on gravit les escaliers jusqu’à ce qu’on arrive au sommet. Quand on commence par le sommet, on descend beaucoup plus vite ». Il dénonce aussi ceux qui « veulent s’enrichir beaucoup plus vite ». Là encore, le message est double : valoriser le mérite progressif et prévenir les ambitions trop pressées.

Rumeurs de remaniement et pouvoir discrétionnaire

La question du remaniement gouvernemental n’échappe pas à la discussion. Chamberlain Moukouama évoque les rumeurs d’un changement d’équipe avant la fin mai, citant notamment Ulrich Manfoumbi Manfoumbi et la ministre du Commerce. Oligui Nguema réagit avec ironie : « Ah bon ? Vous avez même les dates ? ». Puis, devant les projections de son interlocuteur, il lâche : « Prenez vos décrets, vos papiers et vous signez à ma place comme certains le faisaient avant ».

Le chef de l’État ne confirme donc aucun calendrier. Il rappelle seulement que le remaniement relève du « pouvoir discrétionnaire d’un chef d’État ». La formule laisse toutes les options ouvertes, sans céder aux spéculations. Dans le contexte politique actuel, cette prudence permet au président de garder la main sur le tempo gouvernemental tout en envoyant un avertissement aux ministres : personne n’est intouchable, mais personne ne sera sacrifié sur simple rumeur.

« Le Gabon a besoin des travailleurs »

En conclusion de cette séquence peu ordinaire, Oligui Nguema tente de ramener le débat vers le travail, l’entrepreneuriat et la production. « Pourquoi devons-nous nous intéresser à la politique alors qu’on doit travailler, pêcher, planter, faire l’entrepreneuriat, récolter ? », lance Chamberlain Moukouama. Le président embraye : « En réalité, le Gabon a besoin des travailleurs, des bosseurs ». Dans ce décor de pêche nocturne, le message prend une dimension symbolique : moins de palabres politiques, plus de travail concret.

Cette interview à Mayumba restera surtout comme une opération de communication atypique. Elle montre un président cherchant à sortir du cadre institutionnel pour parler dans une langue plus directe, plus familière, parfois provocatrice. Mais elle ouvre aussi plusieurs fronts d’attente : la qualité de son entourage, la lutte contre les « mangeurs », la responsabilité de ses proches, le sort des ministres sous pression et la capacité du pouvoir à produire des résultats. Oligui Nguema a parlé cash ; les Gabonais attendront désormais de voir si cette parole aura des suites dans les actes.

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