Scandale Satram et EGCA : Les travailleurs dénoncent une vaste dissimulation financière à Port-Gentil
La crise qui secoue les sociétés Satram et Egca connaît un nouveau rebondissement. Réunis le mercredi 18 mars à Port-Gentil, les représentants des travailleurs ont dénoncé une série de faits qu’ils qualifient de graves et préoccupants. Ils mettent directement en cause la sincérité des déclarations faites par ces entreprises devant la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), accusant leurs dirigeants d’avoir dissimulé une situation de cessation de paiements manifeste pour obtenir un sursis à l’exécution de leur liquidation.
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Selon les témoignages concordants du personnel, le tableau social et financier est alarmant. Les employés accusent jusqu’à 60 mois d’arriérés de salaires, tandis que d’autres sont privés de rémunération depuis mars 2025. À ces drames humains s’ajoutent le non-versement des droits liés aux décès, une dette sociale abyssale envers la CNSS et la CNAMGS estimée à plus de 25 milliards de francs CFA, ainsi qu’un passif fiscal d’un montant similaire. Les créances dues aux seuls travailleurs, incluant les soldes de tout compte, dépassent quant à elles les 16 milliards de francs CFA.
Une liquidation contournée par des manœuvres opaques
Face à ce gouffre financier, Satram et Egca avaient pourtant été placées en liquidation en avril 2024 par la CCJA, une décision entérinée et mise en œuvre par la cour d’appel de Port-Gentil le 18 août 2025. Cependant, les délégués du personnel dénoncent des actes de cession d’actions opérés en marge de cette procédure judiciaire. Ces opérations irrégulières impliqueraient des membres de la famille Jakhoukh dans une tentative de dissimulation de la propriété réelle des actifs.

Au cœur de cette tourmente, la société Alogis, créée dans le cadre d’un concordat pour apurer le passif sur sept ans, est accusée de dépasser largement ses prérogatives. Le délégué du personnel Dimitri Foufoua s’en indigne : « Allogis que nous avons créé, veut maintenant s’accaparer de tous les biens de Egca et de Satram. Allogis, au départ, c’est un gérant qui n’a rien du tout, qui vient juste gérer les biens de Egca et de Satram, donc les actifs de Egca et de Satram ».
Dérives médiatiques et appel à la justice
Au-delà du volet purement financier, la tension s’est déportée sur le terrain médiatique. Les travailleurs fustigent les récentes sorties publiques de Marlène Fabienne Essola Efountame, conseillère juridique d’Alogis. Ils lui reprochent des propos diffamatoires, une remise en cause publique de l’impartialité du parquet de la République et des déclarations à connotation ethnocentrique visant à semer la division. Ses affirmations techniques concernant un prétendu arrêt de production de la Sogara, lié à un défaut d’approvisionnement en eau douce, sont également balayées et qualifiées de mensongères.

Refusant de céder à ce qu’ils considèrent comme de l’intimidation, les représentants syndicaux exigent des sanctions exemplaires. « Face à ces actes, nous exigeons que toute action de diffamation ou de falsification de la vérité, ainsi que toute acte contre l’autorité judiciaire, soit fermement condamnée. Que la responsabilité de ces propos soit engagée, c’est-à-dire de Marlène Fabienne Essola Efountame », a martelé Dimitri Foufoua lors de son intervention face à la presse.
Le cri de détresse des employés naufragés
Déterminés à faire valoir leurs droits dans le strict respect de l’État de droit, les travailleurs ont officiellement interpellé le ministre de la Justice. Ils réclament l’ouverture d’enquêtes approfondies sur l’opacité financière du dossier et exigent une enquête de moralité à l’encontre de la conseillère juridique incriminée, en s’appuyant sur les dispositions de la loi du 23 septembre 1988. L’objectif affiché est de restaurer la confiance, la vérité et l’autorité des décisions judiciaires.
En toile de fond, c’est la survie de milliers de familles qui se joue au quotidien, prisonnières d’une crise industrielle qui s’éternise. L’épuisement moral et physique gagne les rangs des salariés abandonnés, comme en témoigne le poignant plaidoyer de Noël Okawé Ambourouet, un agent cumulant plus de deux décennies d’ancienneté : « Je survis là après un AVC. Manger même aujourd’hui devient un problème pour moi qui a fait 23 ans de boîte. Sans argent on ne peut rien faire, que les gens qui gèrent soient un peu plus décisifs pour que ce que l’on vit soit de lointains souvenirs. Ne nous décevez pas ! »
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