Contre point

Procès Bongo : La CNR étrille une justice gabonaise « sélective » et une vérité restée « mutilée »

Procès Bongo : La CNR étrille une justice gabonaise « sélective » et une vérité restée « mutilée »
Procès Bongo : La CNR étrille une justice gabonaise « sélective » et une vérité restée « mutilée » © 2025 D.R./Info241

La Coalition pour la Nouvelle République (CNR) présidée par Vincent Moulengui Boukosso a livré ce jeudi à Libreville une déclaration incisive sur le procès de Noureddin Bongo Valentin, de Sylvia Bongo et de leurs co-accusés de la « Young Team ». Ce procès, tenu du 10 au 18 novembre devant la Cour criminelle spéciale, était attendu comme un moment de rupture institutionnelle. Pourtant, la CNR y voit « une triste parodie judiciaire » qui trahit les promesses de la transition. Selon la coalition, « l’évènement était attendu comme un marqueur de la naissance de l’État de droit, mais il apparaît une réalité criarde ». Cette critique ouvre un débat national sur la crédibilité du système judiciaire.

Moov Africa

-

Pour la CNR, loin d’inspirer confiance, le procès a mis à nu les failles structurelles de l’État. La coalition insiste sur l’absence d’une véritable séparation des pouvoirs depuis l’indépendance. Elle estime que le pays a trop longtemps sacrifié « l’indépendance de la justice » au profit d’intérêts privés. « Le respect intransigeant de la loi […] a été régulièrement sacrifié sur l’autel des intérêts privés », déplore-t-elle. Cette prise de position souligne une inquiétude croissante face à la continuité des pratiques anciennes.

Une crise institutionnelle enracinée

Le texte revient longuement sur les dérives observées depuis l’AVC d’Ali Bongo en octobre 2018. La CNR rappelle que la création de la notion d’ « indisponibilité temporaire » a ouvert une brèche juridique majeure. Selon elle, cette fiction constitutionnelle a permis une « vacuité du pouvoir » pendant cinq ans. « La Cour constitutionnelle a inventé de toutes pièces la notion d’indisponibilité temporaire », affirme-t-elle, dénonçant un contournement du droit fondamental. Cette période est présentée comme le terreau de toutes les dérives ultérieures.

Remarques de la CNR sur le procès des Bongo Valentin

Thème Constats de la CNR Citations clés Conséquences selon la CNR
Nature du procès Procès jugé incomplet, orienté et politiquement sélectif. « Une triste parodie judiciaire » Perte de crédibilité de la justice ; frustration citoyenne.
Cadre institutionnel Déficit historique de séparation des pouvoirs ; dérives depuis 2018. « La Cour constitutionnelle a inventé de toutes pièces la notion d’indisponibilité temporaire » Création d’un vide juridique ayant permis des abus.
Rôle du clan Bongo Exercice illégal de prérogatives publiques par Sylvia et Noureddine Bongo. « Rien n’établit qu’il ait été habilité à jouer le rôle d’administrateur de crédits » Usurpation de pouvoir et gestion opaque des finances publiques.
Criminalité financière Détournements massifs ; primes et bonus démesurés ; flux financiers illégaux. « Les aveux des prévenus […] heurtent la conscience collective » Rupture de confiance et aggravation des inégalités.
Institutions de contrôle Cour des comptes, ANIF, IGF et CNLCEI accusées d’inaction. « Elles sont restées largement inopérantes » Complicité passive face aux détournements.
Sélectivité de la justice Des hauts responsables cités mais jamais entendus. « La recherche de la vérité exigeait que ces personnalités soient entendues » Procès incomplet ; vérité partielle.
Gestion politique actuelle Ambiguïtés du pouvoir sur le départ des Bongo. « Dire que les Bongo ont fui laisse entrevoir un jeu de dupes » Atteinte à la crédibilité du discours officiel.
Biens saisis Attente d’une transparence totale sur les biens et fonds confisqués. « Les Gabonais attendent de lire dans le Journal officiel le transfert des propriétés saisies » Test décisif pour la confiance publique.
Réformes exigées Nécessité d’une justice indépendante et d’une vraie séparation des pouvoirs. « L’impérieuse nécessité d’une véritable séparation des pouvoirs » Condition indispensable pour restaurer l’État de droit.
Solutions proposées Mise en place d’une Commission vérité – justice – réparation – réconciliation. « Seule une instance de cette envergure peut permettre d’engager la guérison nationale » Processus de guérison nationale et refondation institutionnelle.

La CNR affirme que l’épouse et le fils du chef de l’État se sont arrogé illégalement des prérogatives publiques. Noureddine Bongo Valentin, rappelle-t-elle, n’a jamais été habilité à administrer des crédits de l’État. Cette absence de délégation est jugée particulièrement grave au regard de son rôle présumé dans les flux financiers. « Rien n’établit qu’il ait été habilité à jouer le rôle d’administrateur de crédits », souligne la déclaration. L’organisation voit dans cette situation un signe d’effondrement institutionnel.

Les révélations de la « Young Team »

Le procès a révélé des détournements massifs, des primes exorbitantes et des décaissements qualifiés d’« hasardeux ». Pour la CNR, les aveux entendus ont heurté une population éprouvée par le gel des recrutements et des avancements publics. La coalition estime que ce contraste entre richesse illicite et austérité générale est inacceptable. « Les aveux des prévenus […] heurtent la conscience collective », écrit-elle. Ce déséquilibre nourrit, selon elle, un profond sentiment d’injustice.

L’intégralité de leur déclaration

La CNR accuse frontalement les institutions de contrôle d’avoir failli à leur mission. Elle cite la Cour des comptes, l’ANIF, l’IGF ou encore la CNLCEI, présentées comme « inopérantes ». Selon la coalition, ces structures ont laissé prospérer un système de prédation durant des années. « Elles sont restées largement inopérantes et de ce fait complices », écrit-elle dans sa déclaration. Cette accusation gravissime pointe une responsabilité collective au sommet de l’État.

Une justice jugée « sélective »

La CNR reproche au procès son caractère incomplet, accusant la Cour de ne pas avoir poursuivi tous les acteurs cités. Selon elle, des personnalités de haut rang auraient dû être entendues devant la barre. La coalition évoque notamment d’anciens directeurs généraux et même l’ancien président. « La recherche de la vérité exigeait que ces personnalités soient entendues », affirme-t-elle. Pour elle, les prévenus jugés ne représentent qu’une partie d’un système beaucoup plus vaste.

La déclaration accuse également le pouvoir actuel d’ambiguïtés dans la gestion de l’affaire. Elle rappelle que les Bongo ont quitté le pays avec « la bénédiction du président actuel ». La coalition estime que les propos tenus ensuite par le chef de l’État ont fragilisé sa crédibilité. « Dire que les Bongo ont fui laisse entrevoir un jeu de dupes », décrit-elle avec sévérité. Ce passage marque l’une des critiques les plus directes formulées par l’opposition.

La question cruciale des biens saisis

La CNR affirme que le peuple gabonais attend désormais un geste concret du gouvernement. Elle demande la publication officielle du transfert des biens saisis au profit de l’État. La coalition estime que cette transparence a manqué tout au long de la transition. « Les Gabonais attendent de lire dans le Journal officiel le transfert des propriétés saisies », rappelle-t-elle. Ce point constitue un test de crédibilité pour les autorités.

Pour restaurer la confiance, la CNR appelle à une séparation effective des pouvoirs. Elle souligne que seule une justice indépendante peut garantir l’équité et la rigueur nécessaires. La coalition estime que la concentration des pouvoirs nuit au développement du pays. Elle insiste sur « l’impérieuse nécessité d’une véritable séparation des pouvoirs ». Cette revendication est au cœur de son projet politique.

Vers une commission vérité et réconciliation

La CNR réaffirme sa demande de création d’une Commission vérité – justice – réparation – réconciliation (CVJRR). Elle affirme qu’une telle instance est indispensable pour examiner l’ensemble des responsabilités, anciennes comme récentes. Selon elle, seule une enquête indépendante et inclusive permettra de faire la lumière sur les périodes sombres de la gouvernance gabonaise. « Seule une instance de cette envergure peut permettre d’engager la guérison nationale », soutient-elle. Cette proposition s’inscrit dans une vision de refondation profonde.

En somme, la coalition estime que le Gabon doit refonder ses institutions pour construire un avenir juste et durable. Elle appelle à une justice forte, indépendante et exemplaire. La CNR considère que l’ensemble du pays doit tirer les leçons du procès pour éviter la répétition des erreurs du passé. Elle souligne que « la justice doit devenir la colonne vertébrale de la Nation ». Ce message final résonne comme une mise en garde autant qu’une ambition nationale.

@info241.com
Moov Africa

-

Commenter l'article